Le calendrier de l’avent 2021

Cette année encore, j’ai publié sur instagram un calendrier de l’avent de la déconstruction et comme j’aime laisser trace sur les internets, voici pour lecture sur le blog. De quoi prolonger la magie de Noël, ou pas ! J’aurais dû faire la même chose pour celui de l’année dernière… mais peut-être un jour… Si vous préférez lire sur instagram (liker, commenter, partager, enregistrer les publications c’est aussi possible), j’ai réuni toutes les publications dans un guide à lire : ici.

[01] Le retour

❄️ Bonjour et bienvenue dans cette seconde édition du calendrier de l’avent de la déconstruction ! ❄️

Comme j’ai un peu appris de mes difficultés de l’an dernier (mais pas suffisamment pour ne pas recommencer…), j’ai davantage préparé ce mois de décembre et j’ai choisi de placer ces 24 posts sous le signe des mythes et réalités. Tout n’est pas prêt car il faut bien garder ma touche de spontanéité (= le manque d’anticipation car je n’avais pas que ça à faire…), mais franchement, j’ai bossé 🙄

La diversité, la cohérence et même l’esthétique (wow!) des contenus ont été relativement pensées pour continuer à faire passer des messages toujours aussi peu confortables. Je ne dis pas par là que ça va être beau et cool mais c’est la fin d’une année éprouvante (oui, encore!) alors j’édulcore un peu et j’ai moi aussi besoin d’un peu de paillettes 😒

Je n’oublie pas la bibliothèque de Bout’Chou avec un thème unique et pas moins de 7 livres en 24 jours ! C’est un thème qui me tient à coeur et que j’attends depuis longtemps : l’émigration. Parce qu’avant de s’installer quelque part, une destination qui est évidemment rarement un hasard et donc rarement un véritable choix, il y a un départ, une maison, une famille, une vie laissées derrière soi… C’est une manière pour moi de :
❄️ casser le mythe de l’immigrant du Sud global opportuniste qui vient voler des richesses durement acquises par le Nord global, et de
❄️ rétablir une certaine réalité, celle de ces êtres humains déchirés de devoir tout quitter parce que tout a été exploité, pillé, ruiné sur plusieurs centaines d’années, et que le peu restant a poussé à la guerre et n’a laissé aux personnes colonisées et leur descendance que de faibles espoirs d’avenir.

🍵 OK ça va être chill… Je disais quoi sur le fait d’édulcorer ?… Bref, vous me connaissez maintenant (ou pas…), je partage mes réflexions, mes espoirs et un peu de moi, sans ambition d’exhaustivité. Mon point de vue est situé, mes propos sont systémiques, je tente de reconstruire au fur et à mesure d’une déconstruction sans fin 😬

[02] ❄️ Mythe : La fin du colonialisme ❄️

Je ne parle pas ici du continuum colonial qui régit nos esprits quand nous parlons de décolonisation, mais bien de l’illusion de la fin de la colonisation, qui perdure concrètement sur de nombreux territoires. Alors que si je pose la question à Bout’Chou, La Réunion est en Afrique… n’est-ce pas?

📖 Dans Le Robert, nous pouvons lire : Colonialisme (n.m.) Doctrine visant à légitimer l’occupation, la domination politique et l’exploitation économique de territoires par certains États. Dans le Larousse : Système qui préconise l’établissement et le développement de pays dépendants considérés comme sources de richesse et de puissance pour la nation colonisatrice.

Qu’est-ce que la France d’Outre-mer, si ce n’est le maintien de la puissance coloniale, l’exploitation des richesses locales à sens unique aboutissant aux inégalités criantes actuelles que vivent 3 millions de Français·es par rapport à celleux de l’Hexagone? Il y a les DROM-COM – Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, St-Bathelémy, St-Martin, St-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna – mais également les territoires inhabités, les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) – Îles Crozet, Îles Eparses, Kerguelen, St-Paul et Nouvelles Amsterdam, Terre Adélie – et l’île de Clipperton. Ce qu’on appelle l’outre-mer représente près de 20% du territoire français.

🍵 Pour prendre un exemple : les Îles Éparses ont été retirées du traité d’indépendance de Madagascar la veille de sa signature. Depuis 1896, ces îles, offrant une position géopolitique puissante, sont donc exploitées par la France. En 2019, la France s’était engagée à un accord mais pour gagner du temps, le débat est déplacé sur les enjeux écologiques et scientifiques que Madagascar ne serait évidemment pas capable de respecter…

Bref, le colonialisme, ce n’est pas fini !

🚀 Une reco pour aller plus loin : La chaine youtube de @damsel_of_letters, anthropologue, qui fait un travail pédagogique extraordinaire.

[03] The paper boat, a refugee story de Thao Lam

Décembre 1980, Thao Lam a 2 ans et attend une petite sœur. Ses parents prennent pourtant la décision de fuir un Vietnam déchiré par la guerre. Ils s’entassent dans un petit bateau de pêche, ne sachant pas où il allait mais étant sûrs d’une chose : il n’y avait pas d’autre solution 🌊

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[04] ❄️ Je ne suis pas beau, je ne suis pas belle, je suis magnifique. ❄️

Citation de Bout’Chou, 4 ans, 9 mois et 20 jours.

La langue française est extrêmement genrée, mais l’avantage d’une langue vivante, c’est qu’elle est vivante ! Elle évolue, comme tout changement, non pas sans heurt :
▪️ dans le temps, en infirmant et confirmant certains mots, certaines expressions, et on aimerait bien ne plus voir ni entendre les plus racistes, sexistes, ou encore validistes, et
▪️ dans l’espace comme le montre la francophonie, héritage colonial dans le monde.


❄️ Identifier des termes ou sonorités épicènes : Je ne crois pas aux mots neutres, car je ne crois pas en la neutralité. Même lorsqu’il y a réappropriation du langage, les mots restent genrés, seule la forme ne varie pas selon le genre. Et je ne vois véritablement rien de neutre dans le choix de Bout’Chou, du haut de ses presque 5 ans. Cela demande une véritable gymnastique cérébrale pour trouver à l’écrit des termes épicènes comme « magnifique », et à l’oral des qualificatifs finissant plutôt par des voyelles « je suis fatigué·e ». Une astuce est d’utiliser moins de qualificatifs ➡️ « la journée a été fatigante ».

❄️ Retrouver d’anciens mots effacés : On pense plus facilement à la féminisation des noms effacés entre autres par l’Académie française comme « autrice ». Mais cela peut aussi concerner des pronoms grammaticalement neutres. « Il existe en français très ancien une forme el (parfois al) qu’on ne trouve plus après le XIIème siècle » (C. Marchello-Nizia, 1988).

❄️ Créer de nouveaux mots : J’ai commencé avec ‘toutes et tous », puis « tou·te·s », puis « tout·es », et enfin « toustes » et je le dis également à l’oral. C’est une question d’habitude à prendre et non de « ce n’est pas joli » : iel, ellui, cellui, auteurice, illustrateurice, copaines… Bien que j’apprécie le point médian, je conçois que la lecture soit moins fluide et j’essaie donc de privilégier la création de nouveaux termes, plus accessibles.

🍵 Dégenrons le vocabulaire !

[05] Where three oceans meet de Rajani LaRocca et Archana Sreenivasan

Sejal, Maman et Pati (grand-mère en tamoul) voyagent ensemble jusqu’à la pointe sud de l’Inde, dans l’Etat du Tamil Nadu. En chemin, elles partagent des repas, visitent des marchés et retrouvent d’ancien·nes ami·es. Pour Pati, le voyage retrace des espaces qu’elle connaît bien. Pour maman, c’est un retour à l’endroit où elle a grandi. Pour Sejal, c’est une découverte de nouvelles images et de nouveaux sons. La famille se rend à Kanyakumari, où trois océans se rencontrent, et va ensemble jusqu’au bout de la terre.

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[06] ❄️ Femmes – et perçues comme telles – est et sud-est asiatiques, soumises, dragon lady, tiger moms ❄️

🎎 Le caractère imaginaire de soumission des personnes est-asiatiques et leur fétichisation sont tout droit issues de la colonisation, et notamment de ce que les colons -pas que blancs- ont appelé « les femmes de réconfort », doux euphémisme pour un véritable trafic d’esclaves sexuelles! Je parle de « personnes » car il faut le dire, ce stéréotype a aussi été collé aux hommes est-asiatiques par les colons blancs qui ont activement oeuvré à leur démasculinisation, l’expression de la binarité en Asie de l’Est ne semblant pas être sufisamment marquée de virilité à l’européenne. Et s’il faut encore le rappeler, la fétichisation nous essentialise, nous déshumanise, nous altérise. La fétichisation tue.

🐉 La dragon lady est une figure de femme forte, fourbe, dominatrice, mystérieuse et le plus souvent sexuellement objectifiée. Cette expression semble initialement venir d’un comics etatsunien de 1935, inspiré par le film « Daughter of the Dragon » incarnée par Anna May Wong. L’image a été attachée aux femmes ou perçues comme telles est-asiatiques dans une ambiance de Péril Jaune et de politiques d’interdiction d’immigration des femmes qui soit-disant « apportaient la prostitution ». Ce préjugé raciste est évidemment dérivé du stéréotype colonial de la soumission et de l’esclave sexuelle.

🐅 La tiger mom, expression du livre d’Amy Chua (2011) puis popularisée par des séries et documentaires, est une mère ultra stricte et investie dans la réussite de ses enfants, ne tenant apparemment pas compte des conséquences sociales et émotionnelles sur des enfants poussé·es à outrance, mais qui en même temps seront censés réussir naturellement à l’école. Les parents sont par nature mauvais, trop exigeants, sans tenir compte de contextes migratoires ou coloniaux.

🍵 Même les stéréotypes et préjugés ont leurs contradictions! Parce que le seul objet est de faire rentrer des gens dans des cases pour invisibiliser toute complexité de nos êtres.

[07] ❄️ Que vous le vouliez ou non, je suis né·e Française. ❄️

Mon histoire, mes réussites, mes difficultés, mes espoirs… font partie intégrante du narratif républicain, tout comme celleux de tous les membres de ma famille.

De mon côté, mes grands-parents maternels sont né·es en Chine et ont émigré dans les années 30 alors que le pays est en guerre civile, avec des ports colonisés, entouré de pays colonisés et menacé par l’impéralisme japonais. Iels partent de Taiwan (Formose selon les colons Portugais) et se retrouvent à Madagascar, colonie française. Ma mère sera la première a émigré vers l’Hexagone après avoir été à l’école française.

Je connais peu de choses sur mon côté paternel mais ma grand-mère et mon père sont né·es dans le Grand Est, elle quelques années après la fin de la Première Guerre mondiale, et lui un peu plus d’un an après la libération de 1945.

Du côté de Monsieur Chou, ses grands-parents maternels sont issus d’une lignée de commerçants finalement installés à La Réunion. Sa mère y est née française. Ses grands-parents paternels sont né·es au Maroc, sous protectorat français, et au moins sa grand-mère avait des origines imazighen. Son père, comme ma mère, a été naturalisé français après une procédure par définition longue et éprouvante.

Si vous comptez bien, trois quarts des grands-parents de Bout’Chou sont né·es sur le continent africain, sur des territoires colonisés par la France. En remontant aux arrière-grands-parents, cela commence à faire un bon nombre de générations qui aura subi la colonisation française.

🍵 Si nous sommes là aujourd’hui, ce n’est pas un hasard, et donc pas même un choix. Nous sommes le fruit de l’histoire coloniale et républicaine de la France. Il ne s’agit pas de refaire le passé, mais de reconnaitre les conséquences de cette histoire.

🚀 Une reco pour aller plus loin : Le média @origines.tv et plus particulièrement la saison 2 « Les enfants d’immigré·es », notre narratif d’enfants issu·es de la colonisation est universel malgré nos vécus et nos expériences complètement différentes.

[08] Les mots d’Eunice de Gabriella Gendreau et Nahid Kazemi

Eunice a 7 sept ans. Elle a dû quitter la Côte d’Ivoire avec son père et Mamie Doudou, mais Maman n’a pas pu venir avec elleux, bientôt a-t-elle promis. Eunice va à l’école, construit des chateaux, dessine des soleils, écoute le vent dans son cerf-volant… Mais jamais elle ne sourit, jamais elle ne parle.

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[09] ❄️ Réalité : Les personnes colonisées se sont toujours battues ❄️

Du fait d’un narratif colonial ficelé par les dominants et devenu système, j’ai longtemps eu en tête l’image de peuples colonisés, heureux de l’être, enfin entrés dans l’ère moderne grâce à l’Homme blanc et son universel cis-hétéronormatif. Celleux qui sortaient de la caricature du « bon sauvage souhaitant l’assimilation » (que pouvait-on espérer de mieux ?) étaient des terroristes coincé·es dans leur passé arriéré…

C’est notamment le cas de toustes ces combattant·es pour la liberté, pour la dignité, pour l’auto-détermination, individuelles et collectives, dont on ne parle pas car l’Histoire, écrite par les vainqueureuses, les a sciemment effacé·es. Quelques un·es sont érigé·es comme combattant·es pour les droits, généralement les plus récent·es ou les moins violent·es comme si une révolution pouvait se faire pacifiquement. Iels semblent suffir aux yeux de la majorité blanche qui cite toujours ces mêmes exemples (devenus token…) entre deux personnes blanches ayant profité de leurs privilèges pour leader ces mêmes combats contre notamment l’esclavage ou la colonisation et sans qui les populations minorisées n’auraient apparemment pas pu être sauvées…

Mais les populations colonisées se sont toujours battues ! Si elles n’ont pas forcément été hostiles, voire au contraire ont pu être accueillante, face aux colons qui ne se présentaient pas comme tels mais comme des « explorateurs », des « découvreurs », elles ont toujours défendu leurs vies et leurs terres. Le nombre de colons, leurs armes plus meurtrières, leurs stratégies d’évangélisation, mais surtout leurs âmes dépourvues toujours un peu plus d’empathie à chaque génération qui passait, tout cela a contribué au mode survie de nombreuses populations colonisées.

🍵 Ne nous faites plus croire que nos ascendant·es avaient accepté sans lutter une « supériorité naturelle » de la blanchité ! Notre ADN est remodelé sur plusieurs générations par les luttes passées et actuelles, ici et ailleurs, comme le vôtre l’est par la déconnexion à votre humanité.

[10] ❄️ Mythe : Boys will be boys ❄️ Les garçons seront toujours des garçons ❄️

⛔ FAUX. Allez, outre une possible transition à cause de l’assignation erronée à la naissance, autrement dit outre la transphobie ordinaire de ce type d’expression toute faite, nos enfants assignés garçons peuvent être et faire tellement plus que ce que la société notamment sexiste, raciste et classiste leur impose. Il ne s’agit pas seulement d’un peu de couleurs et de fleurs par-ci, ou de poupées et de princesses par-là, mais bien de repenser profondément l’éducation, notamment sur des principes comme l’empathie, l’équité, le consentement ⚠️ mais aussi la capacité de se remettre en question, de s’indigner et d’agir face aux injustices sociales, ou encore de présenter des excuses dignes de ce nom… Cela signifie donc montrer l’exemple en dehors des cadres et injonctions systémiques, valoriser les possibles, accueillir leurs émotions, respecter leur consentement, écarter toute essentialisation, lutter activement pour plus de justice sociale, accepter d’avoir soi-même tort, présenter des excuses… Liste non exhaustive.

🍵 Mais cette éducation ne peut pas être individuelle, un des facteurs de réussite reste le collectif. Il semble aisé de lancer des phrases toutes faites du type : « Éduquez vos fils! ». Seulement, dans ce magnifique système cis hétéro patriarcal, à qui s’adresse cette phrase ? Même si vous vous dites que vos intentions (et vous savez ce que je pense des intentions…) sont d’inclure (et vous savez ce que je pense de l’inclusion…) les pères, qui est-ce que ces messages visent et atteignent réellement ? Sans suspens, les mères, et celles qui prennent d’autant plus cher sont évidemment racisées, trans, lesbiennes, handicapées, neuroa, tds, pauvres… Les mêmes toujours coupables des maux de la patrie !

✨ Bref, rebattre les cartes du pouvoir, ce n’est surement pas éduquer pour reproduire le système comme tant de femmes blanches privilégiées le font, mais bien repenser globalement les centralités de pouvoirs et penser constellaire.

[11] ❄️Adultisme et personnes racisées, adoptées, transgenres ❄️

mais aussi handicap, neuroatypie, etc.

📖 L’adultisme est une oppression systémique subie par des personnes enfants ou perçues comme telles, c’est-à-dire infantilisées, non reconnues dans leur autonomie ou dans leur légitimité de pensée et de parole.

L’adultisme est un sujet dénoncé dans le monde de la parentalité bienveillante, positive et respectueuse (BPR pour les intimes), qui se permet des comparaisons de situations adultes / enfants, potentiellement drôles dans un premier temps j’en conviens, mais qui, outre certaines confusions entre éducation et adultisme, démontre l’incapacité de cette pensée à tenir compte des autres oppressions systémiques. Exemples :

❄️Les personnes racisées subissent un double effet, d’infantilisation en tant qu’adultes et de suradultisation en tant qu’enfants considérés comme dangereux dès la pré-adolescence ;

❄️Les personnes adoptées, a fortiori transraciales, sont perçues comme d’éternel·les enfants qui auraient été sauvé·es et devant donc être reconnaissant·es à vie ;

❄️Les personnes transgenres sont constamment remises en question sur la certitude de leur être, alors qu’un enfant cis qui confirme son assignation de naissance est immédiatement cru et validé.

🍵 Aussi, comparer un·e enfant avec une tata noire qu’on ne gronde pas mais qu’on rassure quand elle casse un verre, c’est adultiste et raciste. Comparer un·e enfant avec une jeune femme qui vient d’arriver de Chine et dont la belle-famille française se moque de son langage ou parle d’elle comme si elle n’était pas là, c’est adultiste et raciste. Refuser de croire un·e enfant trans parce que soit disant trop jeune, c’est adultiste et transphobe. Non pas parce que c’est acceptable de faire ça à des enfants, mais parce que ce ne sont pas des comparaisons potentiellement drôles par l’absurde ; ce sont des réalités pour les adultes que nous sommes, en permanence infantilisé·es.

🚀 Une reco pour aller plus loin : L’adoption internationale, mythes et réalités de Joohee Bourgain @kimgun59

[12] Going Home, Coming Home / Về nhà, thăm quê hương de Truong Tran et Ann Phong

« Qu’y a-t-il de si génial avec le Vietnam de toute façon ? Et pourquoi est-ce que tu continues d’appeler le Vietnam « chez toi » ? » C’est ce que j’aimerais dire. Mais à la place, je soupire et dit : « Ce voyage prend une éternité ».

Ami Chi part en voyage avec ses parents, direction le Vietnam. Mais si sa mère est super enthousiaste, pleurant de joie en retrouvant son frère puis la maison familiale et sa mère, Ami Chi ne voit que l’air humide et chaud qui fait coller les vêtements à la peau, un tonton inconnu qui pince les joues, des rues encombrées de scooters bruyants, une grand-mère qui ne parle pas anglais dans une maison qui fait la taille de son garage, chez elle aux EUA. Parce que oui, chez elle, ce n’est pas ici !

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[13] ❄️ Que vous le vouliez ou non, je suis une personne grosse ❄️

J’insiste sur le fait d’être une personne car les gens ont vite tendance à l’oublier, que ce soit sur les réseaux sociaux mais aussi dans la vraie vie.

📖 La grosseur est un spectre. Le Fat Lip podcast définit 4 segments en fonction des tailles de vêtements proposées par les marques mainstream et disponibles dans la plupart des magasins : Small Fat (46 et moins) – Mid Fat (48 à 52) – Super Fat (54 à 60) – Infini Fat (62 et plus). Plus nous sommes gros·ses, plus nous sommes considéré·es comme une niche marketing qui n’achète pas. Peut-être parce que nous ne sommes pas les bienvenu·es dans les rayons ? Je dis ça… Alors qu’en réalité nous sommes un marché à part entière. Et pendant que nous ne pouvons pas nous habiller correctement, la mode est à l’oversize. Mais l’oversize sur moi, ça fait sac. Peut-être que produire moins mais mieux serait une vraie piste de réflexion ?

Pourtant, le système grossophobe maintient son culte de la minceur et sa culture des régimes, pointant du doigt les habitudes alimentaires et sportives des concerné·es, alimentant la peur de devenir comme nous, valorisant des token acceptables, et s’appuyant sur des outils racistes, sexistes, classistes comme l’IMC, plutôt que nous accueillir avec le respect dû à tout être humain. Or, ce sont davantage ces normes inatteignables dans ces systèmes oppressifs qui induisent bien plus de dégâts que la grosseur elle-même. Rejetter la faute sur l’individu·e, l’altériser, læ dévaloriser, l’inférioriser, c’est ce que le système fait de mieux.

🍵 Mais je suis là, nous sommes là. Nous n’avons pas besoin de votre avis, de votre autorisation, de votre approbation, encore moins de votre tolérance. Nous ne nous trouvons pas d’excuses et nous n’en avons rien à faire des excuses que vous voudriez bien, ou pas, nous trouver.

🚀 Une reco pour aller plus loin : Fière d’être moi-même de @gaelleprudencio, créatrice de la marque @ibilolabygaelleprudencio (et tellement plus !)

[14] ❄️ If black children are « old enough » to experience racism then white children are « old enough » to learn about it. Blair Imani ❄️

Citation de Blair Imani – Si les enfants noir·es sont « assez âgé·es » pour vivre le racisme, alors les enfants blanc·hes sont « assez âgé·es » pour apprendre ce que c’est.

« Dis-moi, comment on fait les bébés ? » Cette question, aussi commune soit-elle, semble toujours surprendre les parents. Pourtant, nous savons qu’elle va être posée, qu’il convient de s’y préparer, que les enfants attendent des réponses claires. Une fois qu’iels auront posé cette question fatidique, la gêne aura été ressentie. Les enfants auront compris que la sexualité est un sujet au mieux gênant, au pire tabou, et donc à éviter. Nous savons toutefois à quel point certains sujets doivent être abordés très tôt, rien que le consentement !

Le racisme, c’est le même principe. Face aux questions, les parents seront plus mal à l’aise que leurs enfants, dont la curiosité et l’envie d’apprendre auprès d’elleux sont plus que saines. Face à cette gêne ou à l’absence de réponse claire, les enfants risquent de ne pas revenir, de se tourner plutôt vers leurs camarades ou vers internet, et que les parents auront perdu une chance d’aborder sereinement un sujet d’une importance vitale.

Se préparer ne signifie pas avoir toutes les réponses. Mais se préparer, c’est s’éduquer : avoir des premiers éléments de réponse, accepter de ne pas savoir également – de tâtonner et d’expliquer pourquoi – et peut-être de chercher ensemble davantage de réponses. C’est surtout être capable d’ouvrir le dialogue car une seule conversation ne suffira pas…

🍵 Quant à l’objection de l’âge, déjà TOUS les parents d’enfants racisés n’ont pas le choix ; ensuite la plupart des parents transmettent dès le plus jeune âge des concepts très abstraits comme la gentillesse, la politesse, la manipulation, le mensonge… Leur cerveau saura s’adapter aux éléments factuels du racisme. Eduquons-nous avant d’éduquer nos enfants.

🚀 Une reco pour aller plus loin : Read This to Get Smarter about Race, Class, Gender, Disability & More @blairimani

[15] Espoirs de Mượn Thị Văn et Victo Ngai

La nuit aimerait être plus paisible, la lumière plus vive, le sac plus profond, le rêve plus long, l’horloge plus lente… Puis finalement, le bateau espérait être plus gros, la mer plus calme, la maison rester plus proche… Mais peut-être qu’un jour, peut-être n’aurons-nous plus besoin de faire des souhaits ?

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[16] ❄️ Le métissage, outil colonial, notion essentialisante, faux étendard contre le racisme ❄️

📖 Le terme « métis·se » nait avec la colonisation pour parler des enfants issu·es de relations (viols majoritairement) entre des hommes blancs colons et des personnes avec un utérus racisées colonisées. Outre la suprématie blanche, le système promeut le blanchiment des autres races, théorisées et traitées comme inférieures. Dans cette logique, de nombreux enfants métis sont enlevé·es à leur famille racisée pour être adopté·es ou enfermé·es dans des maisons de métis et être élevé·es « comme des blanc·hes ». Ce sont d’ailleurs des crimes qui ne sont toujours pas reconnus ni indemnisés par la France !

Dans ce continuum colonial d’effacement des autres races, l’universalisme blanc, et aujourd’hui républicain, brandit le métissage comme la preuve de la fin du racisme tout en rabachant aux wokistes qu’il n’y a qu’une seule race humaine. Les contradictions, tout ça, tout ça… Le terme reste pourtant lié à un mélange soi-disant biologique, laissant croire à une mixité raciale possible : nos couleurs de peau et autres traits physiques deviennent ironiquement bien visibles à ce moment-là… Les critères de beauté restent néanmoins bien blancs : carnation claire, cheveux lisses, nez droit,…

Plus que « métisse », souvent réservé à des enfants de parents afrodescendant·es et eurodescendant·es, on m’a dit « eurasienne ». C’est une vision géographique relativement plus neutre, contrairement aux autres synonymes de « métis » : hybride, bâtard, mulâtre, sang-mêlé, croisé… qui ont tous un rapport biologique et un sens péjoratif. Le terme « afropéen » prend de l’ampleur mais n’est pas reconnu dans le dictionnaire. Là encore, c’est une marque distinctive qui dénote une hiérarchie dans les races sociologiques.

Être « métis·se », c’est un vécu spécifique et un équilibre difficile entre apprentissage des codes blancs et racisme intrafamilial, entre passing blanc plus ou moins marqué et re·connexion à ses racines, entre privilèges et oppressions – et donc un point de vue spécifique lorsqu’on prend la parole.

[17] ❄️ L’héritage colonial de la grossophobie ❄️

Lorsqu’on commence à voir les imbrications des différents systèmes, on peut aisément identifier les liens entre grossophobie et patriarcat, validisme, ou encore capitalisme. Mais la grossophobie et ses accolytes « standards de beauté » et « culture des régimes » trouvent leurs véritables fondements dans la colonisation et le racisme.

Pour s’ériger tout en haut de la pyramide raciale, les suprémacistes blancs et théoriciens des races biologiques ont oeuvré à la dévalorisation, l’altérisation, la déshumanisation des autres races et, plus particulièrement concernant la grossophobie, la « race noire ». Alors que la grosseur était signe d’oppulence, elle devient synonyme de ce qu’on connait encore aujourd’hui : mauvaise hygiène de vie, paresse, manque de volonté… Les corps, a fortiori des femmes noires, sont objectifiés et animalisés, exposés comme amusement pour la galerie blanche, utilisés à des fins expérimentales sans autorisation ni anesthésies… Gynécologie bonjour !

D’ailleurs, rappelons-le encore une fois, les mouvements bodypositive et antigrossophobie, largement approprié aujourd’hui par des femmes blanches minces pour tout type de complexes et pour promouvoir le fitness et le yoga ⚠️ sont à l’origine portés par des femmes noires et des personnes LGBTQ+, les un·es n’excluant pas les autres, pour montrer les corps hors normes. Penser la grossophobie en dehors des luttes décoloniales, antiracistes, antilgbtqphobies, antivalidistes… c’est laisser en place les racines même du système.

💡 L’IMC, cet outil apparemment factuel, a été créé au XIXè siècle par un homme blanc à partir de données d’hommes blancs, puis appliqué à tout le monde car l’Universel… Les catégories actuelles sont arbitrairement actées par l’OMS dans les années 90. Fun fact : Les études étatsusiennes avaient défini d’autres paliers, donc en une décision de l’OMS, des millions de personnes sont passées de « poids normal » à « surpoids ».

🚀 Une reco pour aller plus loin : Hunger de Roxane Gay 📚

[18] ❄️ Mythe : Ces hommes cishet blancs affranchis du patriarcat ❄️

Il parait qu’il faut normaliser l’implication des hommes
▪️cishet dans le féminisme,
▪️blancs dans l’antiracisme,
▪️pères dans la parentalité,
(liste non exhaustive) et que ce serait comme ça qu’on lutterait contre le système patriarcal et, pour une virilité non toxique. Les HSBC seraient-ils si fragiles qu’il faudrait justifier de la virilisation nos combats politiques pour tenter de les y intéresser ?

⛔ Il parait qu’ils ont tous de belles intentions. Ils clament haut et fort, partout, tout le temps, que les hommes doivent se bouger pour l’égalité, qu’ils doivent en faire plus pour les femmes, qu’ils doivent se mobiliser pour faire passer des droits comme le congé paternité d’un mois, qu’ils doivent porter une parole qu’on entend pas ou pas assez. MAIS qu’est-ce qu’on les entend, eux 🤯

C’est tout le problème des « bonnes intentions » : très rapidement,
▪️ on se cache derrière pour ne pas penser aux rapports de domination induits par le système,
▪️ on s’attribue des victoires en oubliant l’héritage des luttes passées qui nous permettent aujourd’hui des avancées,
▪️ on ne comprend pas quand on nous fait des reproches alors même qu’on reproduit les mêmes mécanismes d’oppressions !

En vrai, combien de mères prennent la parole aujourd’hui ? A fortiori combien de mères racisées, trans, lesbiennes, bi, tds, handi, neuroa ? Et combien au bout ont le succès des pères positionnés « new generation » ? Ou encore, combien ont accès à des plateformes médias (édition, radio, télévision…) pour parler en tant que concernées plutôt que ce soit encore et toujours les mêmes qu’on voit et entend ?

Clairement, pas la peine de me dire #notallmen ou #notalldads… Tous bénéficient du système patriarcal, tous en jouent, et tous le reproduisent. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’au final tous le subissent…

📣 HSBC, tu es perdu ? Tu ne sais pas quoi faire pour « faire avancer une cause » ? Ferme ta gueule, écoute et apprends. Fais ta part en silence 🤫 on t’a déjà assez entendu ! Fini le premier rôle…

[19] The Arabic Quilt de Aya Khalil et Anait Semirdzhyan

Kanzi et sa famille ont déménagé d’Egypte pour s’installer aux EUA, et ce qu’elle désire plus que tout : s’intégrer, ne surtout pas être différente. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, le premier jour d’école, elle oublie son déjeuner, son sandwich préféré au kefta préparé par son père. Secrètement elle aurait préféré un sandwich au beurre de cacahuète comme tout le monde… Mais c’était sans compter que sa mère viendrait d’elle-même l’apporter à l’école. Celle-ci porte un hijab et appelle sa fille Habibti. Les moqueries commencent…

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[20] ❄️I say no, I resist ❄️

❄️ If you say that I am being ethnic
If you say that I am being reductionist
If you say that I am being limited
I say no, I do not consent
to your reducing me, my language, my learning, my life.
I say no, I resist ❄️

Extrait de Plain English, Nellie Wong

Si vous dites que mon discours est ethnique
Si vous dites que mon discours est réducteur
Si vous dites que mon discours est limité
Je dis non, je ne consens pas
à votre discours réducteur sur moi, ma langue, mon expérience, ma vie.
Je dis non, je résiste

📓 Nellie Wong (1934-) est une poétesse et activiste féministe chinoise-américaine. Née à San Francisco, elle milite dans la branche Radical Women de l’organisation trotskyste-féministe Freedom Socialist Party. Elle confonde le collectif de poétesses et de performeuses asiatiques-américaines Unbound Feet avec Kitty Tsui, Merle Woo, Canyon Sam, Genny Lim et Nancy Hom. Elle publie notamment 2 recueils de poèmes.

Cette année, j’ai lu plus d’auteurices asiatiques, et majoritairement est-asiatiques, que durant les trente précédentes années. Ce n’est pas que je les ai écarté·es, c’est que je ne les ai même pas cherché·es… Ce n’est pas que je les ai évité·es, c’est que je ne savais même pas qu’iels existaient. Il y a de plus en plus d’auteurices asiatiques récent·es mais il y a aussi certain·es dont on ne parle jamais, notamment les militant·es et activistes d’outre atlantique…

J’ai lu des albums bien évidemment, mais aussi des romans, des romans jeunesse, des romans graphiques, des BDs, ou encore des essais. J’ai aussi lu des articles, des posts sur les réseaux sociaux car écrire ce n’est pas que être publié·e par une maison d’édition. J’ai admiré nombre d’illustrateurices et plus largement d’artistes qui créent. Toustes laissent une trace de leur passage dans ce monde.

🌠 Pour 2022, je souhaite faire entrer un peu plus de poésie dans ma vie, un genre que je n’ai abordé qu’à l’école, via une certaine élite blanche, et qui mérite bien plus d’attention…

[21] ❄️ Les Asiatiques ne sont pas Chinois, jaunes, bridés… ❄️

🇨🇳 L’Asie est un continent composé de près d’une 50aine de pays qui recouvrent tous des histoires, des traditions, des réalités extrêmement différentes. Switcher entre « Asiatiques » et « Chinois » dans un même texte par exemple, c’est factuellement raciste. Cela est issu d’un imaginaire colonial et on parle aujourd’hui d’asiatiquetage. Pour autant, si on m’asiatiquette = on me pose l’étiquette [asiatique] sur le front, je refuse de me définir comme « asiatiqueté ». Les stéréotypes et préjugés que les gens ont en me voyant ne font pas mon identité

🟡 Les théories raciales ont assigné le jaune aux personnes est-Asiatiques faisant ainsi correspondre les préjugés de fourberie avec le symbole du poison en botanique. Alors que les personnes africaines et afro descendantes noires se sont réappropriées cette assignation de couleur de peau depuis longtemps pour lutter contre le racisme, il n’y a pas eu ce même mouvement global par les personnes asiatiques et asiodescendantes. Outre le fait que le jaune ne correspond à aucune réalité tangible car les carnations des habitant·es du continent asiatique vont des plus claires aux plus foncées, les colons eux-mêmes limitaient cette appellation aux pays les plus à l’Est. Par exemple, les sud-Asiatiques à la carnation foncée sont pendant la colonisation perçu·es comme noir·es et subissent toujours aujourd’hui le colorisme…

😒 Nous n’avons rien de bridés chez nous, ni nos personnalités soit-disant discrètes et soumises, ni nos yeux soit-disant sans expression. Tout comme la mélanine, le pli épicanthique de nos paupières est une évolution génétique ayant permis à nos ancêtres de vivre dans certains environnements. Nos yeux ne sont pas bridés, et je peux vous dire qu’on le voit bien votre racisme ! 👀

🍵 Et clairement NON, ce n’est pas okay de voir des représentations et de lire des énormités pareilles, a fortiori dans des livres qui se veulent engagés, voire antiracistes… Et NON, nos yeux ne sont pas des accessoires de beauté que les blanc·hes valideraient quand ça les arrange !

[22] Grandpa across the ocean de HYEWON YUM

Papi vit de l’autre côté de l’océan. Il fait des siestes tout le temps. Il mange de la nourriture dégoutante. Il parle une langue inconnue. Sa maison est le lieu le plus ennuyeux sur terre ! Mais est-ce vraiment le cas ? Un peu de temps passé ensemble va finalement révéler que Papi est aussi un grand chanteur, un bâtisseur de château de sable hors pair, et un véritable trublion… comme son petit-fils !

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[23] ❄️ L’impossible déconstruction ❄️

📖 Malgré un abus de langage courant, je ne pense pas qu’on puisse SE déconstruire. S’éduquer en revanche pour déconstruire des idées, des schémas, et ainsi changer ses modes de penser, oui.

Alors vous direz que je chipote mais je trouve ça très important pour 2 points (non exhaustif) :
▪️ Les burn out militants massifs entre autres poussés par une pureté militante accrue. Malgré tout le chemin que j’ai parcouru, je conserve à jamais plein de stéréotypes et préjugés racistes, sexistes, classistes, et je n’aurai pas assez de toute une vie pour les déconstruire. J’ai pu bénéficier des réflexions et luttes passées et actuelles pour avancer et ce que j’espère c’est que d’autres en bénéficieront et prendront aussi le relai.
▪️ Les cultes de la personnalité limitant les autres prises de parole et les critiques. J’ai longtemps pensé que ce (je) n’était pas assez, jamais assez, notamment parce que j’admirais des personnes qui avaient pris ce chemin bien plus tôt, et qui apparemment ne commettaient pas d’erreurs. Mais si les prises de parole publiques peuvent résonner en nous, elles ne correspondent jamais dans leur totalité à nos vécus et ressentis. D’où l’importance d’entendre et faire entendre notre pluralité de voix.

🍵 Je refuse la priorisation des oppressions et la convergence des luttes qui induisent la hiérarchisation des systèmes et l’invisibilisation de certains points de vue, les plus minorisés chez les groupes déjà minorisés. Je m’éduque néanmoins pour reconnaitre les différents spectres inhérents à chaque oppression et les conséquences des oppressions imbriquées. Chaque point de vue est légitime et doit être justement situé pour contextualiser toute prise de parole et ne pas risquer d’en faire une vérité absolue car nos contradictions sont tout autant légitimes!

Je comprends que dans l’idéal, il ne faudrait pas que les luttes ne reposent que sur les personnes concernées. Mais malheureusement dans la société non idéale dans laquelle nous vivons, je ne vois pas d’autre choix. Seul le collectif peut permettre aux personnes de se relayer pour espérer un peu de repos…

[24] ❄️ Que vous le vouliez ou non, je suis non-binaire ❄️

Pour Noël, je m’offre la joie d’accueillir qui je suis vraiment et la liberté d’explorer en douceur mon identité.

▪️ Il y a cette voix qui dit que cela ne change rien car je sais déjà qui je suis. J’ai depuis longtemps fait voler en éclat de nombreuses normes et créé un cocon dans lequel mon corps et moi-même savons nous retrouver.

▪️ Il y a cette voix qui dit que cela change tout car je suis enfin qui je suis. Comment cela s’exprimera ? Je n’ai pas toutes les réponses et c’est peut-être ce qu’il y a de plus enthousiasmant : libérer ce qui se cache depuis bientôt 33 ans, valider mes sensations et mes décalages, m’accorder le droit de réapprendre, m’autoriser à être tout simplement.

Évidemment, même si je [re]découvre une identité encore plus intime que celles que la société m’impose, et surement plus fragile car nouvelle dans son expression, je n’ai aucunement l’intention de la dépolitiser. Car la reconnaissance de la non-binarité dans notre société, ce n’est pas gagné ! J’y réfléchis depuis très longtemps maintenant et j’ai évidemment encore du mal à imaginer toutes mes sphères. J’ai reculé souvent. J’ai peur souvent. Mais je ne pouvais entrer en 2022, après 2 années aussi difficiles, sans cette victoire pour moi-même.

💛 J’aimerais vous partager un souvenir que j’ai longtemps moqué : officiellement, j’ai, non pas coché une 3è case, mais j’ai déjà coché les 2 cases en même temps. Je suis à l’aéroport. Ma mère me rappelle à l’ordre car je joue avec ma carte d’identité et mon passeport fraîchement renouvelés. J’ai du mal à me reconnaître sur les photos alors qu’elles ont été prises récemment. Mon œil aperçoit un M qu’il n’a pas l’habitude de voir. L’administration s’est trompée ! Ou pas ? Il est écrit sexe F sur un et M sur l’autre. J’ai 14 ans. Est-ce que c’est possible ? Est-ce que c’est crédible ? Évidemment que non, et tout le monde en rigole. La carte et l’enthousiasme seront corrigés dès mon retour.

⏳ Pendant environ un mois j’étais officiellement les 2. Il me tarde d’avoir à nouveau ce droit…

Je vous souhaite une belle fin d’année à toustes ✨ et plein de belles choses pour la prochaine année, notamment du repos, de la bienveillance et beaucoup d’indulgence envers vous-mêmes.

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