Réflexions dogme BPR et colonialité

Oui, le titre est nul mais je n’ai pas d’inspiration – je reviens tout juste – et je suis en réaction à chaud donc je n’ai pas eu le temps d’enregistrer l’article mais je fais ça très vite !

Il n’aura pas fallu longtemps avant d’accueillir la rentrée drama de la parentalité instagram. C’est un feuilleton sans fin en réalité, mais moi j’étais / je suis en vacances. J’utilise un ton un peu trivial mais c’est pour moi l’occasion de parler de quelque chose d’important.

Lutter contre le dogme BPR

Il n’y a pas forcément de sujets précis, quel que soit le point de départ : allaitement, veo, vaccins, IEF… Tout peut s’enflammer très vite avec schématiquement d’un côté les partisan·es du dogme BPR pour une parentalité bienveillante, positive et respectueuse et de l’autre, celleux qui dénoncent le dogme et sa rhétorique. Pour en savoir plus, je conseille les articles de madame_captain sur le sujet.


Je me permets de débuter par un encart symptomatique et de préciser avant tout que je suis une anti violence éducative, ça peut valoir le coup de le rappeler pour éviter les raccourcis…

Cette citation « Un enfant terrible est un enfant terriblement malheureux » de Ken Gersten a été publiée telle quelle sur le compte stopveooffciel en décembre 2020 avec pour légende « Nos enfants méritent qu’on s’arrête pour les écouter et les comprendre ». Elle a depuis été retirée…

1- Qui est Ken Gersten ? J’ai cherché sur le net et à part cette citation que vous trouvez partout, il n’y a rien sur cette personne.
2- Cette phrase ultra manichéenne sans réflexion ni nuance est vide de sens. Toute souffrance a un contexte et des manières multiples de s’exprimer dont tout l’inverse d’être perçu comme « terrible ».
3- Cette phrase est non seulement validiste pour les enfants par exemple neuroatypiques pour qui la confrontation au système neurotypique est bien plus complexe que la phrase toute faite d’un inconnu, mais également très culpabilisante pour des parents qui font de leur mieux pour répondre aux besoins spécifiques de leur enfant dans une société pas prête à les accueillir.

Reprendre cet exemple de ce compte n’est pas anodin car une campagne est actuellement en cours avec des comparaisons adultes / enfants, franchement ridicules.

Et pour la pointe d’humour, c’est dommage que la publication soit effacée, c’était la seule représentation asiodescendante de leur feed…


Breeeeef, hier soir, j’ai donc beaucoup ri avec les sorties de mêmes qui mettent en avant les contradictions du dogme. J’en ai déjà parlé mais si ma position n’est pas suffisamment claire : je lutte contre le dogme BPR, l’instrumentalisation des neurosciences qu’il en est fait, les injonctions toujours plus élevées sur les mères, la rhétorique qui induit que si tu ne suis pas les gourous du BPR tu es une mère malveillante, négative et irrespectueuse de tes enfants, et cerise sur le gâteau, le maintien d’une parentalité blanche classiste validiste eurocentrée…

Bon, certains vont jusqu’à dire que les questions de classe importent peu sur le sujet de la « parentalité éclairée » car des ressources sont gratuites mais d’interprétations en interprétations, de blogs en blogs, on s’éloignent chaque jour un peu plus des neurosciences… Et la classe ce n’est pas que l’argent, mais je digresse…

Sachez tout de même qu’une des gourous prône toujours de réaliser une expérience traumatisante des années 50 pour faire comprendre le racisme aux enfants, la même qui explique par les neurosciences les dégâts du moindre degré de violence… Malgré les nombreux commentaires sous son post instagram, la publication est toujours là, je viens de vérifier. D’où ma petite contribution ci-dessous.

C’est joli sur le papier le dogme, mais on a une réalité parentale très différentes de celle de gourous ultra privilégiées, a fortiori quand on est une famille minorisée. Regardez ce que la société fait à nos enfants racisés, pauvres, neuroA ou handicapés avant de venir nous donner des conseils sur ce qu’est la violence…

Je suis aussi de celles dont tout est en nuances car à l’intersection de plusieurs oppressions systémiques. En tant que mère est-asiatique, les stéréotypes et préjugés sur notre violence sont lourds avec l’exemple de la « tiger mom ». Je vous invite à écouter le best-of de cet été du podcast Les enfants du bruit et de l’odeur sur les effets néfastes des micros agressions racistes sur le développement des enfants racisés.

C’est toujours l’occasion de rappeler qu’il n’y a pas d’attaque individuelle mais le combat contre un système qui va toujours dans le même sens de domination. La parentalité est un sujet politique et la mienne est décoloniale.

Dénoncer avec un prisme décolonial

J’aimerais donc apporter certains points de nuances que je ne vois que trop peu sur les réseaux, dans le dogme mais aussi dans sa dénonciation. Sont ainsi énormément dénoncés les fakemeds et autres autodiagnostics, à de nombreuses et justes raisons car le dogme, c’est aussi un juteux marché qui profitent des vulnérabilités et peurs des parents.

MAIS j’aimerais ici rappeler que la médecine que je vais appeler occidentale pour simplifier a depuis toujours exclu les corps minorisés notamment racisés, sauf pour leur faire subir des expérimentations, et aujourd’hui elle échoue à soigner bon nombre de nos corps et esprits racisés. Elle a aussi un coût important malgré un certain accompagnement public mais je vais sérieusement dériver si je commence là-dessus.

La médecine occidentale a pris ce qu’elle voulait des pratiques médicales et spirituelles traditionnelles du sud global, en a effacé le maximum de traces et en a dévalorisé tout ce qui pouvait rester. Ces pratiques méritent aujourd’hui d’être décolonisées. Celles-ci (je n’en vise aucune en particulier) ne passent peut-être pas les tests scientifiques réalisés par les descendants des colons biberonnés à l’histoire coloniale, mais certaines du moins ont su faire leurs preuves en dehors d’une vision occidentale exclusive et déconnectée du monde.

La médecine blanche n’en a rien à faire des corps racisés, tu y corresponds tant mieux, tu n’y corresponds pas tant pis. Tu vis tant mieux, tu ne vis pas tant pis (poke @lapsysosocio). C’est autant valable pour les adultes que pour les bébés et les enfants. Quand une infirmière en pédiatrie te prévient que peut-être ton bébé aura une tâche bleue en haut des fesses et qu’il faudra prévenir le personnel soignant, préciser qu’il est asiatique et que ce n’est pas toi qui le frappes… Ça fait sacrément froid dans le dos !

Les sciences ne sont pas neutres. La médecine n’est pas neutre. Rien n’échappe à la colonisation, au sexisme, au racisme et au classisme.

Vers une santé décoloniale

De ce que je conçois de la santé décoloniale, c’est surtout une approche globale de multiples pratiques car toutes les pratiques n’ont pas vocation à tout guérir et les connexions sont nombreuses entre corps et esprit ou du moins devraient l’être. Tellement de savoirs ont été perdus car éradiqués…

Mais ce qui intéresse le dogme BPR, c’est plutôt l’appropriation culturelle, au mieux sous prétexte d’ouverture sur le monde, au pire en occultant complètement les sources. C’est notamment le cas de la valorisation des doulas blanches, des monitrices de portage blanches, de la sylvothérapie blanche, et bien évidemment tout en haut de la liste, des profs blanc·hes de yoga et de méditation… Outre ce petit rien du tout qu’est la colonisation, ce sont peut-être plus les praticien·nes que les pratiques qui sont, du moins dans le cadre du dogme BPR, à interroger ?

Pour aller plus loin, je vous invite à écouter notamment les deux premiers épisodes de l’été décolonial du podcast Mäli Mäli sur la santé et la spiritualité décoloniales.

Bref, le dogme BPR fait énormément de dégâts chez de nombreuses familles, renseignez-vous… Mais dans sa dénonciation, il est aussi possible d’y apporter un éclairage décolonial, par exemple comme certaines y apportent déjà un regard antivalidiste.

PS : L’utilisation de mêmes, de gif, de photos ou d’emojis avec des personnes noires quand on ne l’est pas n’est pas okay et relève du digital blackface et de l’appropriation culturelle. Je fais mon max pour utiliser uniquement des gif de personnes est-asiodescendantes quitte à ce que ce soit très souvent les mêmes vue l’absence de représentations. J’ai tout de même réutilisé ce même, en connaissance de cause, en me disant que les propos servaient toutes les personnes racisées, mais j’aurais dû faire autrement. Je présente mes excuses à toutes les personnes blessées et ferai mieux la prochaine fois.


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