Nouvelle école, nouvelle classe, nouveaux enjeux

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Mêmes questions, mêmes moqueries, mêmes souffrances…

Être læ nouvel·le élève

Il y a 3 semaines, nous avons choisi les chaussures de rentrée, plus particulièrement les baskets de sport qui doivent rester propres pour le gymnase. Bout’Chou a flashé sur une jolie paire rose avant de se rétracter pour une bleue et surtout me demander d’acheter les deux.

Moi : « Tu es sur·e ?« 
Bout’Chou : « Oui, quand je porte du rose, on se moque de moi.« 

Dans un énième câlin à ce sujet, j’accueille et j’affirme : « Tu as le droit de porter du rose et tu as le droit de te protéger. Notre maison sera toujours un espace d’expression libre de toi-même, même lorsque ce n’est pas possible ailleurs.« 

* un click & collect plus tard *
Bout’Chou : « Le mieux c’est vraiment de porter des deux en même temps !! Mais ce sera bleues pour tous les jours et roses pour le sport.« 

* quelques jours plus tard, la rentrée *
Bout’Chou prend les roses avant de se rétracter.

* chaque soir depuis la rentrée, aux discussions du coucher *
Bout’Chou : « Les enfants ont encore dit que j’étais une fille…« 

Ce n’est pas comme si on ne connaissait pas le problème, comme si on y était confronté pour la première fois. Chaque année, c’est pareil. Mais être læ nouvel·le élève, c’est être d’autant plus l’objet des regards, des scrutations, des discussions, et plus encore lorsqu’on se démarque avec un sac aux motifs spatiaux bleu foncé et bordeaux, des t-shirts à pois colorés et arc-en-ciel, des cheveux longs tressés, et la lumière qui brille en nous quand on aime qui on est. 

Mais pourquoi tu le laisses ? 

« Pourquoi tu l’encourages, tu l’alimentes, tu lui racontes toutes ces histoires ? C’est ta faute s’il se sent seul et s’il est moqué à l’école.« 

Tu crois que je n’aimerais pas læ préserver de tout ça ? 
Tu crois que c’est facile de voir un visage si heureux en choisissant des baskets roses et si éteint quand la peur reprend le dessus ? 
Tu crois que la tentation n’est pas grande de vouloir læ protéger des autres, des moqueries, des coups au cœur qui se transformeront probablement un jour en coups au corps ?
Tu crois que la tentation n’est pas grande d’avertir, de proscrire, de bannir ?

Mais interdire quoi, interdire qui ? Interdire d’être iel-même ?
Mais sauver de quoi, sauver de qui ? Sauver d’iel-même ?

Pourquoi irais-je ménager la fragilité de ces gens, de cette société, de ce monde qui s’ébranlent à la simple vue d’un enfant assigné garçon portant des cheveux longs tressés et un t-shirt et des baskets roses ? 

Pour læ protéger iel ? En l’empêchant d’être iel-même ? 
Quel est ce non-sens absolu ? 

Qu’est-ce que je fais de ses traits physiques qui l’asiatiquette ? Je les interdis aussi ? Qu’est-ce que je fais de sa personnalité, sa curiosité, ses connaissances, ses appétences, en complet décalage avec son âge ? Je les gomme ? Qu’est-ce que je fais de son nom, de son histoire ? J’efface ? 

A quel moment j’arrête de nier mon enfant pour soit-disant læ protéger ? Et alors, à quel moment je commence à l’aimer et læ soutenir pour qui iel est vraiment, qui iel a le droit d’être dans cette société, malgré les discours dominants oppressifs systémiques ? 

Dis-moi quand ? Dis-moi comment ?

Quelles sont les alternatives ? Se conformer, s’effacer, s’oublier ?

Parce que ça, je connais. Je pratique depuis plus de 30 ans.
Enfant d’une histoire aux multiples migrations, aucune véritablement choisie. 
Enfant qui devait être français à l’extérieur sans jamais oublier d’être chinois à l’intérieur, sans jamais véritablement être soi. 
Enfant qui était toujours trop ou pas assez, corps trop gros, idées trop décalées, personnalité pas assez extravertie, humour pas assez drôle, trop sage, pas assez pétillant… 
Enfant qui n’avait pas la moindre d’idée qu’iel pouvait être, qu’iel était légitime, qu’iel méritait d’être aimé·e véritablement.

Alors quand est venu mon tour de transmettre, avec toutes les responsabilités que cela comporte, j’ai ouvert une fenêtre sur un monde qu’on allait apprendre à connaître à deux ; un monde de possibilités, de choix, de libertés ; un monde non sans douleurs, non sans risques, non sans doutes ; un monde où se construire et construire les outils, les boucliers et même les armes, pour affronter et changer une société qui ne veut pas de nous.

Merci…

Cela ne fait donc que 2 semaines depuis la rentrée. L’équipe enseignante m’a dit être attentive mais n’avoir rien vu de particulier « peut-être à la cantine, il faudrait voir la responsable de cantine…« , et que Bout’Chou doit venir les voir lorsqu’il y a un problème. Certes, ce n’est que notre « 3ème année à l’école » mais pas une seule fois, Bout’Chou n’a été voir les adultes face à ce type de difficultés, bien trop douloureuses et surtout intimes. Il n’y a que blotti·es au fond du lit que les mots arrivent à sortir…

Mais nous avons tout de même eu une belle surprise à qui je voudrais dire merci ici, même s’il y a peu de chance que cette personne lise. Je la remercie également IRL, ne vous inquiétez pas. Il y a donc cet animateur du centre de loisirs, qui un soir me dit, « il est vraiment adorable votre fils, on a de super discussions ! » et qui le lendemain me dit, « Bout’Chou a eu un petit coup de blues après le goûter, il m’a dit qu’on se moquait de lui pour ses cheveux, parce qu’il portait du rose. On a parlé un peu, lu un livre et c’est reparti« . J’avais les larmes aux yeux que Bout’Chou se soit confié mais comment ne pas le faire avec un tel modèle, présentant homme noir, 1m90 facile, une petite centaine de kilos, un sourire doux et un pull rose pétant ! C’est sur que lui, on ne s’en moque pas ! On espère qu’il restera…

Bref, merci à toutes ces personnes qui font attention, vraiment attention, à nos enfants. Merci aux profs, atsem, avs, animateurices – queers, racisé·es, handi qui ont un tel pouvoir de représentation. Protégeons nos enfants non binaires, transgenres, queer, tout comme nos enfants cisgenres avec une expression de genre non conforme aux attendus de la société… La liste est évidemment non exhaustive et n’oublions pas que les souffrances se multiplient lorsque nos enfants sont multiminorisé·es.

2 commentaires sur “Nouvelle école, nouvelle classe, nouveaux enjeux

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