L’hérédité du haut potentiel intellectuel ?

Je suis moins là pour parler sciences que pour m’interroger sur les fonctionnements neuroatypiques de Bout’Chou, même si ce n’est pas forcément indissociable. Son père et moi n’avons jamais passé de test mais lors du bilan, la psychologue nous a indiqué que cela lui semblait fort probable.

Du coté de la science

En quelques mots. Les études scientifiques semblent bien montrer une prédisposition génétique à un « haut potentiel » sans pour autant avoir identifié un gène ou un ensemble de gènes. Pour autant, le patrimoine génétique n’est pas suffisant et le haut potentiel intellectuel dépend – comme pour tout – de l’environnement dans lequel on évolue. Chez les enfants, il est estimé à 50% la part de variation du QI qui s’expliquerait par les gènes – en précisant qu’il s’agit d’études valables dans les sociétés occidentales dans lesquelles tout le monde à accès à l’école. Les tests de QI sont d’ailleurs relativement scolaires et tournés sur les connaissances, la mémoire de travail ou encore la vitesse de traitement. Avec une plus grande différence entre environnement familial et environnement scolaire, cela changerait surement l’équilibre avec le poids de la génétique.

A ce titre, l’épigénétique est particulièrement intéressante puisqu’elle a démontré que les gènes pouvaient être modifiés par l’environnement, et alors se transmettre à nos descendants. Mais je me perds…

Madame Chou, ou la touche-à-tout

Pendant la séance, je parle. C’est étonnant me direz-vous ! J’explique le pourquoi du comment, l’analyse que j’ai faite sur les comportements de Bout’Chou depuis sa naissance, les différences qu’on note déjà, le fossé qu’on a tous les trois ressenti à l’entrée en maternelle.

Pour mon histoire, j’ai évolué dans une famille monoparentale de classe moyenne basse avec une mère asiatique immigrée. Je parle de tout ça car la réussite scolaire, c’est surtout une question de contexte. J’ai plutôt eu un profil d’excellence, du moins jusqu’à l’entrée au lycée. Après j’ai fait ma crise d’ado comme aimait dire ma mère, et je n’ai eu que « mention bien » à mon bac… Je n’avais pas le choix que de réussir et de répondre aux ambitions de ma mère.

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Bref, j’ai surtout eu un parcours scolaire linéaire, pendant lequel on n’a cessé de me répéter que j’avais des facilités, et qu’en même temps c’était dans les gènes asiatiques. C’était moi mais pas trop moi quand même, et j’y ai cru. Ma mère me racontait de belles histoires sur sa scolarité, mon cousin semblait avoir les mêmes facilités… Mais pour le coup ça a été un vrai traitement en défaveur de ma cousine qui ne semblait pas rentrer dans le moule avant qu’elle ne se révèle avec un objectif à atteindre.

Professionnellement, je suis cette espèce d’ovni qui a 15 cordes à son arc, qui touche à tout, et qui peut réussir si ça l’intéresse, et non pas, qui peut quand elle veut. Je suis un cliché des profils atypiques de la génération Y que dépeignent les RH.

Monsieur Chou, ou le touche-à-rien

Pendant la séance, Monsieur Chou fait quelques « hum hum » par-ci par-là, acquiesce quand je lui demande quelque chose, mais tout ce qu’il a envie de dire c’est : « Oui, mon fils vous épate mais faut surtout dire que ce sont les autres enfants qui font plantes vertes, non ? »

Du côté de Monsieur Chou, il évolue dans un milieu ouvrier, sa mère passe son temps à répéter qu’elle n’a pas été au-delà de la 4ème. Lui n’est pas un « Monsieur je-sais-tout » mais un « Monsieur je-sais-mieux ». Sauf que toute question, toute preuve de curiosité est assez vite réprimée et il s’enferme dans son monde. La vie prend le dessus, il coupe accès à toutes ses émotions qui n’ont de toute façon jamais été validées.

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Il poursuit ses études en fonction des conseils d’orientation des profs. Rien ne le passionne si ce n’est s’évader dans les mangas ou les jeux vidéos mais sa famille passe son temps à lui rappeler que ce n’est plus un enfant. Et l’astronomie ? C’est pour les grosses têtes et ce n’est pas comme s’il allait en faire un métier. Alors ce sera l’informatique, un métier d’avenir qui ne sera jamais bouché, paraît-il.

Professionnellement, Monsieur Chou ne se déplaît pas. Ce n’est pas un euphémisme, juste un état. C’est ce doux équilibre entre y a pire et au moins ça me laisse du temps. Pas d’émotion, pas d’ambition, pas de déception. Ça ne ressemble pas à un génie me direz-vous ? Mais au moins, à la maison c’est tout domotisé ! Je crois que j’ai compté 5 manières différents d’allumer nos lumières du salon sans bouger du canapé…

Deux visions atypiques du monde

Nous sommes deux profils différents. Moi j’étais cette élève qui réussit mais toujours dans l’attente de l’approbation des autres, tout en organisant mes propres méthodes. Quand je suis enfin sortie de mon environnement familial, j’ai pu m’affirmer et réveiller ce que j’avais réprimé, mon côté provocateur… Monsieur Chou était cet élève discret, toujours dans la moyenne, qui a mis de côté son potentiel pour être comme les autres le jour et vivre ses passions seul, ou avec d’autres mais en ligne, la nuit.

Crédit : Alina Grubnyak

Rien n’atteint Monsieur Chou, ni le monde, ni la société, ni les codes… Il s’en fout royalement du moment qu’il peut vivre dans sa grotte, nourri à la fibre en intraveineuse pour les seules choses qui l’intéressent. Moi, tout m’atteint. Je suis cette hypersensible en colère qui pleure de son impuissance face au monde. Mon cerveau n’est jamais off, le sien est monofonctionnel. À deux, on se complète pour s’adapter à un monde qui ne pense pas comme nous.

Toute cette analyse n’est que pures observations et réflexions personnelles. Elle ne prouve absolument aucun haut potentiel, ou aucune neuroatypie. Seul un test de QI et l’analyse d’un·e professionnelle habilité·e permet de valider une identification, bien que les auto-diagnostics sont parfois les seuls moyens qu’on ait pour avancer.


5 commentaires sur “L’hérédité du haut potentiel intellectuel ?

  1. J’aime beaucoup ta conclusion.
    Nous avons rencontré une psy sans chercher à entrer dans les détails la question de la précocité était centrale. Et cette psy a beaucoup insisté sur le pourquoi des tests. Pour elle, ça doit permettre de régler un problème. S’il n’y a pas de problème, pas de test, même si ça veut dire avancer avec un autodiagnostique. L’important étant d’être bien avec soi-même et le regard que l’on a sur notre propre identité.
    (par contre effectivement, la génétique a été évoquée des le départ).

    Aimé par 1 personne

    1. Il y a différentes raisons pour lesquelles on peut décider de passer un test mais il n’est jamais obligatoire. L’idée reste de bien se connaître / connaître son enfant et de faire en fonction, au mieux.

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