Maman médicalement assistée

Cet article a été écrit il y a plusieurs mois mais j’avais du mal à le poster. Je l’ai donc programmé aux alentours de mon anniversaire de maman, qui n’aurait pas lieu sans tout ça.
Pendant l’écriture de cet article, j’ai découvert le compte https://www.instagram.com/pma.man/ que je vous invite à lire si vous souhaitez en savoir plus sur la PMA.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu deux enfants. Ce n’était pas viscéral comme certaines de mes copines mais ça faisait partie de mes objectifs de vie, quand j’aurai une situation suffisamment stable, tout ça, tout ça. Bien évidemment ce souhait n’était pas un véritable choix ; j’ai bien conscience que depuis leur naissance, les petites filles sont intéressées à la maternité. Malgré mon rejet de tout ce qui pouvait être « girly », je n’y ai pas échappé. Alors quand j’ai commencé à me dire que, ça y est, je voulais enclencher le « projet bébé », je me suis posée plein de questions. Mais désir réel ou idée implantée, nous étions d’accord et nous nous sommes lancé·es !

Le décommencement

J’ai arrêté ma pilule en octobre 2014. Je voulais quitté mon travail mais un CDI ça ne se quitte pas comme ça quand on a une idée bébé. Alors c’était parti…

Fin novembre, premier cycle.
Fin décembre, second cycle.
Janvier, rien, test négatif.
Février, rien, test négatif.

Mars 2015, premier rendez-vous chez la gynécologue. C’était tellement rare pour elle une femme qui voulait un enfant à 26 ans, qu’elle m’a préconisé un certain nombre de tests, plutôt que de dire, « vous avez le temps« . Je commence donc l’acide folique – qui ne sert pas à tomber enceinte, juste des vitamines – et je prends du duphaston pour déclencher mon cycle. J’ai le droit à ma première échographie pelvienne endovaginale et deux prises de sang bilan à J2 et J8. J’apprends à compter et à tout noter. Les résultats ne sont pas idéaux, par exemple sur mon cholestérol, mais tout est dans la norme. J’ai tellement l’habitude que j’avais devancé la lecture. « Pas ouf, mais ça va« , lui avais-je dit, avant qu’elle ne puisse dire autre chose.

Avril 2015, deux nouvelles échographies pelviennes endovaginales, la première détecte une boule qui pourrait être un kyste ou un début de grossesse, la seconde qui confirme le kyste, mais pas de syndrome OPK (ovaires poly kystiques). La gynécologue me conseille de l’enlever même si ce n’est rien et me maintient sous duphaston, peu importe la durée des cycles (ce qui est contre-productif, mais je ne l’apprendrai que plus tard). Elle m’envoie vers une consœur, service PMA (procréation médicalement assistée). Dans son courrier, elle parle d’un bilan sanguin OK, d’un possible dérèglement hormonal et d’un problème de poids. Quand je lui demande si ça a un réel impact, elle me dit « on ne sait pas, ça peut jouer, certaines femmes en surpoids vont tomber enceinte avec un clin d’œil et d’autres non« . « Comme toutes les femmes alors« , lui avais-je répondu.

Comme si ça allait être si simple…

PMA et grossophobie médicale

Juin 2015, premier rendez-vous PMA. On refait la total de l’historique médical. Rien de problématique à première vue. Des examens plus poussés doivent être faits : prise de sang, prélèvement vaginal pour tester la glaire cervicale, spermogramme pour checker les spermatozoïdes, hystérosalpingographie et hystéroscopie pour vérifier le bon fonctionnement de l’utérus… Ces termes sont aussi incompréhensibles qu’ils font mal, physiquement et psychologiquement.

Mais la médecin est claire : elle ne gâchera pas de temps ni d’argent pour une insémination qui n’aboutira de toute façon pas si je ne perds pas de poids. Le ton est donné, je n’ai rien pour comparer. C’est déjà tellement difficile à vivre, alors en parler… Les gens n’ont rien d’autres à te dire dans ce cas que « ça viendra quand vous arrêterez d’y penser« . Et « peut-être que ça ne te ferait pas de mal de maigrir« …

Août 2015, aucun résultat probant sur un problème précis. Je reste sous duphaston. Une prise sang, deux échographies pelviennes endovaginales, un nouveau prélèvement vaginal, une échographie thyroïdienne. Toujours rien de probant, ce qui renforce la grossophobie. Comme les médecins ne savent pas, le seul obstacle à une grossesse serait mon poids. Pourtant, le spermogramme n’ont plus n’est pas parfait, beaucoup de malformations et de spermatozoïdes faiblement mobiles, mais c’est le mal de notre génération et cela n’empêche pas les hommes de procréer. Le problème reste focalisé sur mon poids et ma culpabilité de femme.

Alors quand j’ai su que la médecin s’en allait, que les rendez-vous allaient être encore plus longs et qu’il allait falloir reprendre tout l’historique ET lorsque je fus piquée 12 fois sans succès avant que l’infirmière ne se décide à passer la main, non pas pour incompétence mais bien parce que j’avais trop de gras, j’ai enfin décidé de m’écouter et de changer.

Octobre 2015, j’ai suivi les conseils d’une amie qui m’a orientée vers une autre spécialiste de la fertilité. Lors du premier rendez-vous j’étais armée de tous nos examens, en stress de devoir tout réexpliquer. Elle a lu, posé quelques questions, et m’a dit : « Vous n’êtes pas stérile, ni vous ni votre mari. Tous ceux qui vous disent que le temps moyen pour tomber enceinte est d’environ 6 mois à 1 an n’y connaissent rien. Déjà, vous arrêtez le duphaston, c’est totalement contre-productif de le maintenir. Le mois prochain on voit si vous avez vos règles, on commence le traitement à suivre et on ajustera« . C’est moi qui ai dû poser la question du poids. Sa réponse fut claire : « Je vous le souhaite le moins longtemps possible, mais vous allez passer du temps dans ma salle d’attente et vous ne verrez pas plus de femmes en surpoids que d’autres« .

A partir de là, je n’ai plus eu qu’une seule médecin. Les échographies pelviennes endovaginales étaient faites par elle dans son cabinet. Elle avait deux tailles de tensiomètre. Et mon poids n’a jamais été une question.

A voir : le documentaire « On achève bien les gros »
https://www.arte.tv/fr/videos/086161-000-A/on-acheve-bien-les-gros/

Du traitement à l’insémination

Décembre 2015, début du traitement de stimulation folliculaire et ovarienne. Il semble que je réponde bien au traitement, l’ovulation se fait correctement, sur un cycle régulier. Une piqûre que je me fais moi-même tous les matins de J2 à environ J11 à 15, une échographie endovaginale pour vérifier des follicules et paf sexe obligatoire. Les coïts programmés d’avance, idéal à vivre pour un couple. Les effets de ces hormones ont été les mêmes que ceux d’un début de grossesse, me laissant perpétuellement le doute et me faisant vivre un état de grossesse pour une durée d’environ 15 mois au total, soit la même gestation qu’une rhinocéros, une orque, une girafe, ou une morse…

Mars 2016, pause de congés, mes règles ne reviennent pas. Après discussion, on décide de passer à la vitesse supérieure, l’IAC (insémination artificielle avec le sperme du conjoint). Nouveau spermogramme pour vérifier que ça n’a pas bougé. L’IAC, étape avant la FIV (fécondation in vitro) n’est pas une intervention chirurgicale, il s’agit pour le médecin d’extraire les meilleurs spermatozoïdes d’une éjaculation – en gros pour éviter qu’ils soient gênés par les autres malformés ou peu mobiles – et de les déposer dans l’utérus pour qu’ils n’aient pas à traverser la glaire cervicale. La moitié du chemin est ainsi déjà faite.

Avril 2016, Duphaston pour déclencher le cycle. Ménopur pour stimuler les follicules de J2 à J9. Ovitrelle pour favoriser la maturation le soir du J9. IAC à J10. La totale ! Un moment merveilleux à vivre à deux… On part en vacances, le cœur n’y est qu’à moitié. Mes règles arrivent en plein milieu. On ne compte plus les déceptions, mais j’avais amené tout mon traitement au cas où pour ne plus perdre de mois…

Mai 2016, c’est reparti. Piqûres même pendant la fin des vacances de J2 à J14 avec seconde dose le soir + ampoule d’Orgulutran. Ovitrelle à J15.

Juin 2016, IAC à J17. Prise de sang à J+13 7h. Résultats dans la matinée, j’étais encore sur le chemin pour aller au bureau. Bêta-HCG à 55 UI/L. Même pas besoin de regarder mes notes pour m’en souvenir. L’image que j’attendais depuis tellement de temps est gravée pour toujours. J’appelle Monsieur Chou qui fond en larmes au bureau, avec moi qui n’arrête pas de répéter « On doit attendre avant de se réjouir, il va peut-être pas tenir, j’ai une autre prise de sang après-demain… » 48h après, le taux avait triplé ce qui était signe que la grossesse commençait bien.

10 jours plus tard, nous apercevions ce petit amas de cellules et entendions son cœur pour la première fois.

Le corps à disposition

Bref, au-delà du happy ending, du fait que certains couples y sont encore et vont encore plus loin dans les traitements, et tout simplement au-delà de notre propre histoire, j’aimerais vraiment appuyer sur le fait que chaque mois, chaque retour de règles, ou d’ailleurs chaque non retour de règles alors que tu sais que tu n’es pas enceinte, est une torture. Cela devient une obsession qui rythme ta vie et celle de ton couple. On ne peut pas ne pas y penser. Ne dites pas ça à un couple qui essaie. A part quelques rares personnes, nous n’avons vraiment commencé à en parler que lorsque je suis tombée enceinte. Les gens de notre entourage n’ont rien vu du back office de cette année et demie.

Également, si déjà le corps des femmes leur est complètement dépossédé pendant leur grossesse (entre autres), ça l’est d’autant plus avant la grossesse quand elles ne sont pas capables de tomber enceinte. Car oui, c’est un échec ou plutôt c’est vécu et rappelé comme un échec. Avant de tomber sur la bonne spécialiste, on me l’a dit, redit et bien fait sentir : c’était ma faute si je ne tombais pas enceinte. Cela a fait de moi un corps à disposition, un corps disponible, un corps que les médecins avaient le droit de maltraiter et de discréditer sous prétexte que j’avais besoin d’eux. Et encore, je suis une femme cis hétérosexuelle à la carnation claire…

Enfin, puisqu’il faut objectiver cette dépossession : pour réussir à tomber enceinte, au moins 13 personnes différentes ont vu et inséré quelque chose dans mon vagin, et le nombre s’est arrêté car j’ai trouvé une médecin spécialiste qui fut seule sur 10 mois à m’ausculter et qui a suivi ma grossesse. Cela signifie qu’en 6 mois de parcours PMA, au moins 12 personnes différentes ont vu et inséré quelque chose dans mon vagin.

Devenir maman par PMA, c’est aussi consentir à des actes gynécologiques difficiles pendant lesquels vous n’aurez pas toujours votre mot à dire ou n’oserez / ne pourrez pas toujours parler, et pendant lesquels vous pourrez potentiellement revivre des abus sexuels passés…


2 commentaires sur “Maman médicalement assistée

  1. Je compatis pour le glamour des échos endo…😶 Ma pire c’était un interne qui y a passé tellement de temps que j’ai senti ma lubrification naturelle se mettre en place. Et le pire c’était que j’avais honte alors que je n’y étais pour rien !

    Heureusement que tu as trouvé une gynéco compétente et à l’écoute 😘

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! Oh je comprends la honte alors que bien évidemment tu n’y étais pour rien. Moi j’ai eu même une endo pour l’écho du 5ème mois parce que l’échographiste, débutante m’avait dit ensuite ma gynéco, n’arrivait pas à voir ce qu’elle voulait. Elle m’avait fait tellement mal à appuyer. Ca a duré 1h en tout…

      Aimé par 1 personne

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