La Chinoise

Sur demande pressante de Bout’Chou et grosse flemme des parents, nous sommes allés manger dans une célèbre chaîne de fast food. Entre deux frites, Bout’Chou va jouer avec d’autres enfants, un peu plus âgés, quand tout à coup j’entends un des enfants dire « Non mais c’est la Chinoise…« 

Le coup de sang

Je bondis de ma chaise. Je n’ai aucun visuel mais je sais déjà. J’ai le cœur qui bat à toute vitesse et je débarque aux jeux. L’enfant recommence. J’ai envie de hurler mais il n’y est pour rien. Sa famille est là, une famille racisée, mais ça ne choque personne. Je respire et regarde mon fils continuer à jouer comme si de rien était, il ne comprend pas encore vraiment. La répétition c’est elle qui nous fait comprendre…

Je demande s’il y a un souci. L’enfant me répond que non et réitère en m’expliquant que « la Chinoise saute juste partout« . Je n’ai réussi qu’à répondre une seule chose tout doucement : « tu sais, il a un prénom, tu peux lui demander ». J’ai pleuré de rage en rentrant. Je n’ai toujours rien trouvé d’autre à répondre, si ce n’est…

Comment protéger son enfant ?

Je n’ai pas la réponse. Comment l’armer ? Je ne sais pas. Lorsque je revenais de l’école triste et en colère des remarques de la journée, racistes, sexistes, grossophobes, anti nerd, ma mère me disait toujours : « N’y fais pas attention, la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe que tu es« .

Oui ma mère parlait avec des expressions à la con et oui ma mère niait mes sentiments et me demandait de les refouler. Elle n’avait sûrement rien de mieux à m’offrir, désemparée face à mon désarroi, ne pouvant elle-même pas lutter contre le système dans un pays qui l’avait accueillie. Mais elle avait tort, ça n’est jamais passé et ça ne passera jamais. Ça n’a jamais arrêté et je ne suis pas sûre que cela s’arrêtera un jour.

Bientôt 2020, est-ce que ça changera ?

Quand je vois les débats dans les médias, les émissions de télé, les spectacles des humoristes, ou encore les soirées BDE des grandes écoles, je me dis que ce n’est pas près de changer en effet.

A l’aube de 2020, année pendant laquelle Bout’Chou entrera à l’école, il y a des soirs où je désespère. Je vois les longues soirées à pleurer avec (ou pour) lui, tout en lui expliquant le racisme structurel que notre communauté subit d’une manière complètement différente du racisme vécu par d’autres communautés, mais causant les mêmes dégâts.

Les femmes et les hommes n’ont pas le même vécu non plus. Alors j’essaie de ne pas imaginer le pire du fait du métissage et de l’éducation non genrée de mon fils et je me concentre sur celleux qui dénoncent et font bouger les choses. Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à écouter le cross over Kiffe ta race X Les couilles sur la table sur les masculinités asiatiques, d’utilité publique.

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