Jeune fille modèle, premier roman de Grace Ly

Et surtout le premier roman qui me ressemble autant. Tellement qu’il a même été parfois difficile à lire.

Chi Chi est une jeune fille comme les autres.
Sauf qu’elle ne ressemble pas du tout aux posters des magazines. Et que le principal du Lycée écorche son nom quand il fait l’appel.
Chi Chi aurait préféré s’appeler Marie, Isabelle ou Sophie. D’ailleurs, Ama dit qu’elle est une « banane » : jaune à l’extérieur et blanche à l’intérieur.
Chi Chi a grandi dans le Treizième qu’elle arpente chaque soir pour livrer les plats du restaurant familial L’Extrême-Orient. Elle a l’impression de vivre dans un cliché, parle mal sa langue maternelle, et l’Asie lui semble une terre exotique, même si elle est rompue aux traditions du Nouvel An Lunaire.
Quand Ama lui dit : « Nous sommes des Chinois du Cambodge », elle ne trouve pas la région correspondante sur la mappemonde, ni son histoire tragique dans ses livres scolaires.

Un manège d’émotions

Les larmes sont montées, ont coulées ; j’ai ri, souri, soufflé ; pas facile dans le métro parisien…

Je n’ai pas grandi à Chinatown, ni dans un restaurant familial. C’est ce qui m’a permis de fuir très tôt la communauté. Mais ta famille, ton histoire, ta tête, tout est là pour te rappeler que tu ne peux pas fuir éternellement. Tout te rappelle que tu n’es pas comme les autres alors que tu rêves de te fondre dans la masse.

Je ne me souviens pas du jour où j’ai décidé d’être moi avec tout ce que ça pouvait comporter y compris toutes mes origines. Pourtant ce jour où Chi Chi revient au lycée et qu’elle relève la tête, ce moment m’a fait complètement écho.

Je suis une banane ; jaune à l’extérieur, blanche à l’intérieur ; à qui pourtant il était demandé de ne pas se comporter comme une blanche à la maison, mais de bien s’intégrer et surtout de ne jamais faire de vague en public, quoiqu’il arrive. « La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe » tout ça, tout ça !

Aujourd’hui, je pioche un peu dans le jaune, un peu dans le blanc, et j’assaisonne de tout ce que je peux trouver. Ça donne moi.

A la recherche du passé

« N’oublie pas tes racines… » Mais quelles sont-elles ? Des grands parents chinois de Canton, une mère chinoise de Madagascar, des origines paternelles inconnues à l’époque, et c’est tout. Je ne parle même pas le cantonnais. Il semble que mon père avait peur que je ne m’en sorte pas. Et quand ma mère me disait « Tu comprendras plus tard », j’entendais « Je ne te fais pas assez confiance ».

Depuis bientôt 30 ans j’essaie de comprendre ma famille, d’en percer les secrets de l’histoire. Comme pour Chi Chi, pas évident de planter des racines et de grandir entre deux cultures.

J’apprends petit à petit, aux détours de conversations anodines avec mes oncles et mes tantes. J’ai appris que les questions trop directes ne menaient que très rarement à des réponses et que les réponses sont souvent romancées. Dès qu’iels réalisent, iels changent de sujet. Je peux être frustrée et énervée que cela mette autant de temps mais je garde précieusement chaque pièce du puzzle. Ma mère a perdu sa dernière bataille ; je ne le finirai peut-être donc jamais, mais Chi Chi m’apprend que ce n’est peut-être pas si grave.

Grace, si tu passes par là, merci. Ton livre m’a fait un bien fou. Merci !

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