La ballade de Mulan

Ceci est la retranscription d’un post instagram publié à l’occasion du nouvel an lunaire de la seconde lune après le solstice d’hiver (non non je ne suis pas en retard du tout…). Rattrapage.

« Qui peut dire si je suis un homme ou une femme ? »

Revenons sur les bases

Pour beaucoup, Mulan est une jeune femme chinoise qui prend la place de son père appelé à la guerre et qui va sauver la Chine, accompagnée par un dragon en manque de gloire, un criquet qui porte potentiellement chance, un cheval caractériel et un général confus et sexy !

Comme à son habitude, Disney a très librement adapté une histoire, qui est elle-même librement adaptée notamment au cours de la dynastie Ming. C’est à ce moment-là que Mulan devient une héroïne nationale, répondant aux qualités fondamentales attendues de tout·e Chinois·e : la fidélité à la patrie et la piété filiale.

Bref, vous l’avez compris, on va revoir un peu ça…

J’écarte immédiatement deux points :

1- Cri-kee est un grillon et non un criquet… En Chine, ce sont les grillons qui sont collectionnés entre autres parce qu’ils portent bonheur, et qui sont mis dans des cages… à grillons du coup, comme dans le Disney.

Et si comme moi, vous ne faites pas la différence, je vous renvoie vers le blog de insectescomestibles.fr qui a un article détaillé sur le sujet !

2- Oui, Shang est bi. On ne va pas en discuter pendant des heures parce qu’il n’y a pas de débat.

Une ballade de 300 caractères

Revenons au sujet : Mulan est avant tout l’héroïne d’une ballade d’à peine plus de 300 sinogrammes, d’un·e auteurice inconnu·e, datée du Vème siècle de notre ère lorsque les Wei du Nord, peuple turc-mongol anciennement nomades des steppes, se sont imposés sur le territoire du Fleuve Jaune, se sédentarisant et « se sinisant ».

Dans la ballade, l’appel à la mobilisation militaire est porté par le 可汗 Khan, qui donne peut de doute sur les origines de Mulan, considérées comme barbares par les dynasties du Sud, colonisatrices héritières des Hans.

Les nouveaux empereurs en place tiennent à rester et donc à contrôler les autres nomades, et notamment à l’époque plutôt les Ruanruan (et non les Huns).

Le cheval tient une place évidemment essentielle pour des nomades éleveurs et donc dans leurs guerres. Dans la ballade, la place accordée au cheval de Mulan pour son départ, pour les kilomètres parcourus, et enfin à son retour chez elle à cheval après 12 ans de guerre – et avoir refusé l’or et les postes à responsabilité offerts par l’Empereur, est une marque supplémentaire de ses origines nomades. Chez Disney, son cheval s’appelle Khan.

A son retour donc, Mulan retrouve sa famille, composée de son père, sa mère, sa grande sœur et son petit frère. Loin de l’enfant unique que Disney nous a montré, influencé par des politiques bien plus contemporaines. Et dans le dessin animé, le chien s’appelle « petit frère »…

Pas de déshonneur sur la famille Hua

(Faa en cantonnais, préféré par Disney)

  • Déjà parce que ce nom de famille ne lui est attribué que sous les Ming, dans leur process d’appropriation pour la rendre « plus chinoise » ;
  • Mais aussi parce qu’il est fort probable que les femmes n’avaient pas un statut aussi inférieur dans les populations nomades considérés comme barbares que dans les populations chinoises.

Certaines analyses viennent avancer que Mulan, pour s’enrôler sans hésiter et survivre 12 ans de guerre, devait déjà avoir appris à se battre. Elle est tout de même fille de nomade ayant surement déjà combattu lui-même.

La fin de la ballade nous apprend que durant 12 ans, Mulan n’a jamais été démasquée par ses camarades de combats, qui la découvrent chez elle coiffée, maquillée, habillée avec une robe.

La dernière strophe, comme une morale, explique ainsi que si l’on distingue bien un lapin mâle d’une lapine femelle, lorsqu’iels se mettent à marcher côte à côte, qui peut dire quel est le mâle, quelle est la femelle ?

Je percevais déjà Mulan comme une héroïne forte et la véritable histoire n’a fait que renforcer mon admiration pour ce magnifique contre-exemple face à l’absurdité de la binarité.

Alors, Mulan a-t-elle vraiment existé ?

Qui pourrait vraiment le dire ? Mais selon moi, une telle ballade n’aurait pas pu exister – et encore moins traverser le temps – sans une once de vérité…

Et en 2022, 16 siècles plus tard, certaines personnes gagneraient vraiment à s’inspirer de cette ballade, qui se moque ouvertement de la binarité de genre.

La Ballade de Mulan a été traduite par Chun-Liang YEH, illustrée par Clémence POLLET et publiée par les éditions HongFei.

Une traduction accompagnée de notes est disponible sur ventdusoir-poesie.fr.

Le roman librement inspiré de Yan Hansheng Hua Mulan Femme général de la Chine antique propose également une postface avec une traduction et des explications.

Aller encore plus loin…

L’analyse des chansons

Voici la chanson « Reflection », versions Disney film d’animation (1998) et Disney film (2020). Lecture queer ou lobby queer chez Disney déjà bien fort ? Il n’y a pas de doute possible !!

Les analyses de Xiran Jay Zhao

Je vous conseille également ces vidéos de l’auteurice Xiran Jay Zhao, ainsi que ces romans bien évidemment !

Le post original sur instagram


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