Sur le banc des accusées

Il s’est passé tellement de choses en 6 mois d’absence sur le blog. Le plus simple je crois pour reprendre, c’est de laisser la parole à une lectrice qui m’a envoyé un texte à publier. Merci à elle et surtout désolée du délai…

Un mois après l’accouchement, au tribunal

« Mère Parfaite, voici la liste des accusations : allaitement trop court, besoin de l’aide du mari, n’avoir pas su accueillir avec le sourire les nombreux membres de la famille venus vous voir, ne pas chanter de façon rayonnante des berceuses, jour après nuit après jour après nuit, déjà penser à reprendre le travail, oser penser à votre mal de dos face à ce petit être fragile. Que plaidez-vous ? »

Tête baissée, Mère Parfaite connait la réponse. Bien sûr qu’elle est coupable. Si l’enfant est malade, s’il dort mal, s’il pleure, si le mari est fatigué, si la maison est mal entretenue, c’est que Mère Parfaite a failli à sa mission. Elle sera donc condamnée à ressentir de la culpabilité tous les jours et devoir en faire toujours plus pour tenter de lever la sentence. Où est le bonheur tant attendu ?

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Photo by Sydney Sims

Réveille toi Mère Parfaite

Oui, tu regardais avec désapprobation ces mères qui hurlent sur leur enfant. Oui, tu voulais vraiment être parfaite. Tu as lu toute la littérature et tu t’es dit qu’on ne pouvait pas être plus prête que toi. Mari parfait et présent, matériel au complet, toutes les cases de la Todo liste ont été cochées. Alors, tu ne comprends pas comment tu en es arrivée là. Qu’est ce que tu as bien pu manquer ? Tu avales toute la littérature sur le baby blues, ça y ressemble un peu mais pas vraiment en fait. Et si tu n’étais pas faite pour être mère ?…

C’est incompréhensible, les enfants des autres dorment bien, ne pleurent pas autant, les parents semblent en forme, ils font même du bricolage, quand tu as racheté 3 biberons de plus parce que ça s’entasse dans l’évier. Le temps passe, les enfants grandissent, les autres mamans préparent des purées maison avec des légumes dont personne ne connait le nom. La maman prof apprend déjà à ses petits à compter et à lire, alors que tu te demandes si acheter une pâte feuilletée, ça compte pour un plat fait maison quand même. Et un jour, tu craques. Tu pleures devant le beau père à qui tu expliques que tes enfants passent plus de temps à l’école qu’avec toi. C’est enfin le déclic.

Cinq ans après la dépression, au tribunal

« Mère Parfaite, voici la liste des accusations : avoir pensé très fort à se débarrasser de bébé 1, avoir négligé bébé 1 à l’arrivée de bébé 2, avoir crié, et encore crié, avoir repris 2 fois le travail, laissé ses enfants à des nounous, crèches, cantines, garderies et centre de loisirs, et plus grave encore, accepter de laisser papa gérer plusieurs jours d’affilée lors de vos déplacements professionnels, des sorties entre copines, avoir une vie sociale et amoureuse. Et la cerise sur le gâteau, confier ses petits à une colonie de vacances. Que plaidez-vous ? »

Sourire aux lèvres, je répète une phrase apprise auprès des pré ados : « rien à foutre ». Mes enfants sont heureux. Personne n’aime mes enfants autant que moi. Personne ne les connait aussi bien que moi. Ça suffit pour que mes décisions soient les meilleures. Il aura fallu 5 ans et autant de « maman je t’aime » quotidien et de câlins pour faire mien ce mantra : « il n’existe pas de Mère Parfaite, que des femmes qui font leur maximum et cela suffit ». Des années à accepter qu’on ne sait pas tout, qu’on peut faire des erreurs, qu’il ne faut pas toujours écouter les remarques des gens, même s’ils sont pleins de bonnes intentions.

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Photo by Brooke Lark

On dit que chaque personne jongle entre ses 5 vies

Auxquelles pensez-vous ? Quand on est jeune, on pense famille et amis. Puis, conjoint et travail. Et plus le temps passe, plus on oublie une vie essentielle, avec laquelle nous sommes tous nés : soi-même. Avec l’arrivée d’un enfant, c’est souvent la vie personnelle qui disparaît, voire toutes à l’exception de la famille. Il faut beaucoup de courage et de temps, lorsque nous voulons le meilleur pour nos enfants, pour pouvoir se dire « ils vont bien, j’ai le droit de prendre du temps pour moi, ils n’iront que mieux ». Sans parler du « non Monsieur le patron, je ne retire pas mon congé posé pour rattraper du boulot pas fait »…

Acceptez qu’on puisse penser de vous que vous êtes une mère indigne, une employée indigne, une épouse indigne. Acceptez ce sur quoi vous n’avez pas d’emprise. Assumez vos choix. Profitez de chaque moment qui vous sépare de votre famille et encore plus de tous les autres qui vous en approchent. Chassez cette inquiétude et cette culpabilité qui reviennent vous hanter naturellement, parce que vous êtes une bonne mère. Ce n’est pas le regard des autres qui vous blesseront le plus, c’est l’importance que vous leur donnerez.

Travaillez et peaufinez cet art d’être une mère indigne, indigne et aimante, indigne aimante et heureuse.

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