appropriation culturelle repas japonais

Manger des sushis, appropriation culturelle ?

Ce titre est à la fois provocateur et très sérieux. Cela aurait pu être « faire du yoga », « cosplayer », « porter un sarouel », « lire un manga »… Dans quels cas peut-on parler d’échanges culturels ? Et a contrario où commence l’appropriation culturelle ? En ce moment, je me pose beaucoup de questions sur ce sujet et sur les éléments à remettre en cause concernant mon comportement. Je vous fais part de mes réflexions…

 

Enfant du monde

Je me suis toujours considérée comme une enfant du monde, sans véritable attache culturelle unique, bien qu’ayant clairement reçu une éducation occidentalisée. Je suis la fille d’une mère immigrée, elle-même fille de parents immigrés, et d’un père adopté par un père immigré. Je suis également l’épouse d’un homme, lui aussi deuxième génération d’immigrés en France. Et nous avons maintenant un fils qui a donc des origines de trois continents Europe, Asie, Afrique. Quelle est sa culture, sinon celle qu’on lui transmettra ?

En matière de culture, il y a certes l’histoire, les origines, mais aussi les trajectoires de vie. A chaque migration (volontaire ou involontaire), à chaque escale, à chaque étape d’une vie, à chaque personne rencontrée, nous nous imprégnons d’un nouveau morceau de culture pour forger la nôtre. Etre métisse et/ou issu.e de l’immigration, c’est être chez soi un peu partout, et nulle part à la fois, mais cela est une autre histoire…

 

Campagne de sensibilisation réalisée par des étudiants de l’université d’Ohio pour prévenir de l’appropriation culturelle et des stéréotypes blessants qui en découlent.

 

Qu’est-ce que l’appropriation culturelle ?

Les Glorieuses expliquent dans cet article qu’il y a appropriation culturelle « lorsqu’une personne d’une culture dominante s’accapare et reproduit les codes d’une culture minoritaire, sans en demander l’autorisation aux concernés ». Les Brutes, quant à elles, en ont discuté ici pour montrer que ce n’est pas si compliqué à comprendre. La vidéo conclut d’ailleurs sur le fait qu’il faut se poser des questions et c’est ce que je fais, bonne élève que je suis !

Outre l’appropriation culturelle dans le cadre de profits commerciaux, je m’intéresse plutôt à ce qui peut être fait au quotidien par des personnes lambdas. Il y a des choses flagrantes, par exemple :

  • Se déguiser ou se parer d’accessoires empruntés d’une culture, pour jouer ou pour une soirée, en se moquant de ce qu’ils signifient et représentent pour cette culture, #coachellastyle

  • Attribuer à un.e blanc.he une nouveauté « cool » qui en réalité existe depuis très longtemps, mais était évidemment beaucoup moins intéressante alors. Cela fonctionne avec les coiffures, mais également les bijoux, les piercings, les danses… #twerk

  • Apprécier (et se servir) d’une partie « sympa » d’une culture tout en ignorant bien soigneusement les problèmes qui y sont liés… #blacklivesmatter
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Azealia Banks interroge le silence d’Iggy Azalea après la mort d’Eric Garner

 

Mais en matière d’appropriation culturelle, il y a des choses beaucoup moins flagrantes et je trouve que la limite est parfois tellement fine qu’il est difficile de ne pas faire de faux pas.

 

Quelle limite entre appréciation et appropriation culturelle ?

Je pense qu’il n’y a pas de véritable réponse à cette question. Evidemment la simple « bonne intention » d’une personne ne peut justifier l’appropriation culturelle. « Je ne fais qu’honorer votre culture » est l’équivalent de « Je ne suis pas raciste, j’ai un ami noir ».

Pour reprendre la question de départ sur les sushis, doit-on être Japonais.e pour en manger ? Déjà, mettons les choses au clair, la plupart des restaurants de sushis à Paris (mais je me tenterais à dire en France) sont tenus par des Chinois.es. Et ça c’est de l’appropriation culturelle, mais j’ai dit que je ne parlerai pas des cas de profits commerciaux.

Alors je m’interroge sur les gens, comme moi, qui adorent manger des sushis (et assimilés…). Ah, peut-être que je tiens là un bon point de départ, et que c’est un cheminement à suivre… Professionnellement, j’utilise souvent la métaphore de l’entonnoir pour affiner les réflexions mais comme là, il s’agit d’ouverture, je vais faire l’inverse !

  1. Ne pas amalgamer : sushi, maki, sashimi, tempura, chirachi…
  2. S’informer : les Japonais.es mangent d’autres types de repas, un plateau de sushis est en réalité un repas de fête.
  3. Découvrir : la diversité et la richesse de la gastronomie japonaise, et toujours autant l’apprécier – ou pas, mais je ne vois pas comment c’est possible…
  4. Aller plus loin : pour découvrir les différences gastronomiques entre les cultures asiatiques ! Bref, direction la Chinese Food Week ou un bon bimbimbap !

Alors encore une fois, cela peut paraitre anecdotique lorsqu’on parle de sushis… Mais je continue de croire qu’il n’y a pas de « petits combats » et que les réflexions que j’ai menées sur la gastronomie japonaise peuvent en réalité s’appliquer à d’autres éléments d’appropriation culturelle.

S’ouvrir à d’autres cultures et les accueillir plutôt que se les approprier et les intégrer, cela commence peut-être par : ne pas amalgamer, s’informer, découvrir, aller plus loin, pour comprendre lorsqu’une blague n’en est pas une et apprendre la valeur des choses. Bref, j’ai encore du boulot, mais je fais de plus en plus attention ! Et vous ?

2 réflexions sur “Manger des sushis, appropriation culturelle ?

  1. J’ai découvert le concept très récemment et je m’interroge beaucoup aussi…
    J’ai grandi au son de la musique andine (mon père avait acheté quelques vinyles dans le métro parisien, et on écoutait ça entre Georges Brassens et Pierre Perret). J’adore le son des zampoñas, kenas et charangos, les rythmes de saya, taquirari, huayno… et j’ai appris phonétiquement des chansons sans parfois même savoir en quelle langue elles étaient (quechua, aymara ?). C’est quelque chose qui a une place centrale dans ma vie, même si j’aime beaucoup d’autres styles de musiques, mais je me rends compte à quel point je sais peu de choses des pays sud-américains, et maintenant je crois que j’hésiterai à porter mon poncho. C’est délicat, pour moi au départ c’est une façon de m’affirmer, de montrer ce que j’aime, mais si ça peut blesser des gens, ça ne vaut pas le coup…

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    1. Je pense que si ça compte autant pour toi, prends juste le temps de t’intéresser un peu plus à la signification de ce genre musical, à son histoire, à la culture sud américaine en général.
      Pour toi ça a aussi une signification dans ton histoire, avec ton père… Ce n’est pas simplement une plume pour faire joli dans tes cheveux, ni un moyen de te faire de l’argent. Et je crois sincèrement que te poser la question c’est déjà beaucoup !
      Quant au poncho, je ne sais pas trop. J’en ai et j’adore et malheureusement je ne pense pas m’intéresser plus que ça à l’histoire de leur confection… Enceinte en hiver c’était idéal 😊 Bref y a du boulot !

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