Où sont passé·es les auteurices blanc·hes en littérature jeunesse ?

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En voilà donc un sujet intéressant !

Un phénomène qui prend de l’ampleur

Évidemment, le phénomène de la disparition des auteurices blanc·hes ne touche pas que le segment de la jeunesse… Selon une étude du NYTimes, 95% des livres publiés entre 1950 et 2018 étaient publiés par des auteurices blanc·hes. Iels ne sont plus que 89% en 2018 et 76% en 2021.

Le 13 juin dernier, alors que le média USA Today publiait sa liste hebdomadaire des 150 best-sellers, James Patterson, un homme blanc de 75 ans, dénonçait dans une interview au Times « une autre forme de racisme » envers les auteurs blancs âgés…

Il faut tout de même préciser que cet auteur est un habitué du classement. Lors de l’export du 5 juin dernier par exemple, il était cité pour trois bestsellers sur 150 en 24è, 47è et 133è position. Je vous laisse apprécier les délicieuses excuses post call out…

Dans son thread (ci-dessous) repris sur son blog (à lire si vous lisez l’anglais), Gina Denny réagit en analysant la liste. Parmi les 150 places bestsellers :

  • 49 sont occupées par des hommes blancs, 45 par des plus de 40 ans, 40 par des plus de 50 ans, 10 par des hommes blancs décédés !
  • 5 sont occupées par des femmes racisées, 4 par des hommes racisés, soit un total de 9 sur 150…

Les auteurs blancs morts sont statistiquement autant susceptibles de figurer sur la liste des bestsellers que les auteurices racisé·es.

Bref ! Trêve de plaisanteries, revenons à nos plus jeunes moutons nourris au grand remplacement…

Objectiver les représentations par des chiffres

Pour la troisième année consécutive, on étudie ici les données sur les livres par des auteurices racisé·es et à propos de personnages racisés, publiés pour les enfants et les adolescent·es, compilées par le CCBC Cooperative Children’s Book Center, School of Education, Université de Wisconsin-Madison. Données actualisées le 24 mai 2022. En 2021, le CCBC n’a toujours pas retrouvé son nombre de livres pré-pandémie, mais on constate tout de même une certaine évolution.

Alors que le taux de personnages principaux blancs et animaux stagnaient à 70% depuis quelques années, il descend à 66% sur les livres publiés en 2021 reçus par le CCBC. On peut penser que cette évolution est liée à la place qu’ont récemment pris les mouvements antiracistes, notamment Black Lives Matter et Stop Asian Hate.

Points d’alerte : Ces statistiques ne tiennent pas compte 1- des stéréotypes et préjugés oppressifs qui pourraient être associés à ces personnages, 2- de qui écrit ou illustre ces histoires et personnages…

34% de personnages racisés dans la littérature jeunesse

En littérature jeunesse, rappelons que les animaux sont un outil d’invisibilisation des personnages racisés. Je sais que c’est dur à entendre tellement ils sont mignons, mais surtout parce que l’universalisme blanc nous fait croire que ne représenter personne de spécifique, c’est représenter tout le monde.

La littérature jeunesse n’est qu’un exemple parmi tous les médias mis à disposition de nos enfants racisé·es, qui ne trouvent dans aucun domaine des représentations justes et fournies.

36% d’auteurices racisé·es en littérature jeunesse

Qui écrit les personnages noirs ?

Alors que les personnages principaux afrodescendants représentent 13% de la littérature jeunesse en 2021, les auteurices afrodescendant·es ne représentent que 9%. C’est une tendance qui se maintient donc depuis plusieurs années.

OK, il faut davantage de diversité ? Mettez donc une petite fille noire et un petit garçon roux, comme ça parité et égalité fille-garçon, diversité et mixité avec un blanc mais pas trop parce qu’on se moque des roux. Hein, les conséquences d’être une petite fille noire dans notre société ? On s’en fout, tous les enfants vivent la même chose et les auteurs blancs sont tout à fait capables d’en parler, ça va ! On peut prendre une autrice pour faire plaisir aux féministes.

Est-ce que je caricature ? à peine… En 2019, seuls 46% des personnages principaux afrodescendants avaient été écrits par des auteurices afrodescendant·es !

Bref, on me demande souvent pourquoi… La réponse est simple : le racisme et plus particulièrement la négrophobie !

Qui écrit les personnages asiatiques ?

Effet inverse, les auteurices asiodescendant·es représentent 15% de la littérature jeunesse en 2021, alors que les personnages principaux asiodescendants que 10%. Iels semblent également participer à 100% des livres avec des personnages principaux asiodescendants, soit en tant qu’auteurices, soit en tant qu’illustrateurices.

Mais les auteurices asiodescendant·es sont souvent les illustrateurices et pas forcément les auteurices des livres sur lesquels iels travaillent et donc également de leurs propres histoires. Un petit peu mais pas trop…

Parmi les auteurices racisé·es, les asiodescendant·es marquent la plus grande progression en 6 ans (+10%) et cela manque de détails sur qui sont ces asiodescendant·es. On peut penser que le mythe de la minorité modèle n’y est pas pour rien, et qu’il continue de nous montrer du doigt pour mieux diviser en inter et intra communautaire.

C’est parti pour compter pour compter vos livres ! La suite dans deux semaines…


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