9 pistes pour une parentalité décoloniale 4/5

On poursuit ensemble l’exploration de la parentalité décoloniale pour se décentrer de soi et de son enfant, car il faut tout un village, mais il faut aussi voir les villageois·es…

  1. Soigner nos traumas
  2. Nous éduquer avant d’éduquer
  3. Sortir de la parentalité blanche universelle
  4. Reconnaître nos propres dynamiques oppressantes
  5. Affirmer des représentations justes
  6. Discuter avec nos enfants

(7) Emmener nos premiers cercles

J’ai eu pas mal de questions sur lea conjoint·e, a fortiori si blanc·he, du moins non concerné·e. Je vais rester sur un schéma à 2 parents pour simplifier l’écriture mais évidemment tout cela peut facilement se multiplier, et le terme « parents » peut recouvrir de multiples réalités autres que mère·s et/ou père·s.

Avant d’avoir des enfants, on parle généralement des prénoms, des méthodes d’éducation, « moi, jamais mon enfant fera ça… » « non mais t’as vu comment elle laisse faire »… Oui « elle », parce que les mères sont toujours coupables dans ce merveilleux système. Bref, tout ça aura le temps de changer, surtout une fois confronté à la réalité de la parentalité ! Néanmoins, je pense que les valeurs qu’on souhaite transmettre sont globalement plus stables et d’autant plus essentielles à discuter avant d’avoir un enfant. En dehors de la rhétorique bienveillance, positivité et respect, je pense que parler avec le deuxième parent par exemple d’antiracisme mais aussi de genre ou d’orientation sexuelle, avant même que bébé n’arrive, donne une bonne base de réflexion sur la parentalité décoloniale qu’on aimerait porter. Pour parler de mon cas, nous n’avions clairement pas ce niveau de déconstruction quand nous sommes devenu·es parents, mais nous avions déjà discuté d’éducation la moins genrée possible et du racisme que Bout’Chou allait subir.

Si ces questions vous viennent alors que bébé est déjà là, voire n’est plus bébé, ou si comme moi, vous avez explosé encore plus de barrières depuis, et que le second parent ne suit pas vraiment ou pas toujours… alors repose sur vous un travail de parent d’autant plus lourd et épuisant qu’il faudra y ajouter l’éducation de votre conjoint·e. Charge mentale émotionnelle et raciale, bonjour !

Au sein du couple, c’est épuisant et c’est explosif. C’est devoir s’éduquer deux fois plus : il ne s’agit pas simplement d’une prise de conscience personnelle mais d’expliquer aussi à l’autre des choses qu’iels ne connaîtra ou ne ressentira peut-être jamais. MAIS s’iel ne tient pas forcément à faire des « efforts » pour vous (ce qui me semble déjà problématique mais c’est un autre sujet), iel se doit d’en faire pour ses enfants !

Il y a tout de même un avantage : vous travaillez vos arguments au quotidien, vous serez d’autant plus prêt·e lorsqu’il faudra affronter la suite…

La famille et/ou les ami·es peuvent être de véritables lieux de ressources comme de véritables lieux d’oppressions, pour nous et pour nos enfants. Et si vous êtes une « angry asian woman » like me, si vous ne laissez pas passer avec leur autre parent, ce n’est pas pour laisser passer les remarques entre autres sexistes et racistes des grands-parents « moi à mon époque… », des vieux tontons « ah mais c’est un garçon ?! », des vielles tatas « elle serait tellement plus jolie si… », des potes d’enfance homophobes « il a une jupe MAIS c’est un garçon », de la copine « c’est louable mais on ne peut plus rien dire », des parents des copaines « c’est un garçon ou une fille ? ça va pas le rendre tout confus ? ». BREF, la liste est longue.

Ma mère me disait que « la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe », mais je ne dois pas être une colombe assez rapide, car moi la bave des gens m’a souvent atteinte et m’a sacrément fait mal. Bien sur qu’elle parlait de résilience et elle avait raison, mais qu’est-ce qu’on en chie d’ici là sans autre armure que celle qu’on se construit à force d’avoir mal…

Alors oui, éduquer saon conjoint·e, sa famille, ses proches d’une manière générale, c’est – je me répète – lourd et épuisant. Alors bien sûr, on ne peut pas se battre sur tout, il y aura des jours où nous aussi nous voulons simplement nous reposer, ne pas rentrer dans des débats, ne pas être encore cellui qui casse l’ambiance au dîner, et c’est okay. On ne peut pas non plus gagner à tous les coups ; plus personne ne changera plus ce vieux tonton ! On prend d’ailleurs clairement le risque de se couper de certaines personnes, de vivre des moments de déchirement, d’affronter des autorités qu’on n’aurait jamais oser sans nos enfants, de faire face à des impasses… Mais on donne aussi toutes les chances à nos enfants de voir des personnes de confiance prendre toujours leur parti, légitimer leur place et leur voix, leur offrir un espace safe à qui iels sont. Et peut-être qui sait, donner cette chance à des enfants, plus ou moins grand·es, de vivre par cet intermédiaire une légitimation de leurs vécus et ressentis…?

(8) Investir les crèches et les écoles

Parce que les enfants qui bénéficient de nos prises de position et de parole sont toustes les enfants qui côtoient les nôtres ! Bien évidemment, ce qui suit est valable pour toutes les modalités d’instruction de nos enfants, que ce soit avec un·e assistant·e maternel·le, en instruction en famille, au centre de loisirs, dans les clubs d’activités, en colonie de vacances…

Développer l’esprit critique de nos enfants, vous l’avez compris, leur permettra de naviguer sur les flots du système car nous ne sommes et ne serons pas toujours là. Mais se déconstruire vient avec son lot de solitude et de poids, car les autres espaces que la maison ne sont pas safe. Alors quand iels sortent de ce cocon de bienveillance et sécurité, où iels peuvent s’exprimer et apprendre, cela demande aussi de les accompagner et d’investir ces lieux car ce n’est pas à elleux d’éduquer leurs enseignant·es, leurs animateurices, leurs éducateurices.

Être l’enfant qui refusera de chanter des comptines « d’Indiens » c’est aussi être cellui qui devra mettre des mots sur ce refus. « Ce n’est pas bien » ne donnera satisfaction à aucun·e enseignant·e. Et même s’iels arrivaient à mettre des mots sur ce qu’iels ont bien compris, imaginez-vous deux secondes dans vos baskets taille 27 à donner une leçon d’histoire à votre maitre·sse ?

Investir l’école demande de s’adapter à un rapport d’autorité encore différent de celui de la famille : l’école sachante – pur produit de l’Etat lui-même pur produit des systèmes d’oppression – jamais remise en question, face à un parent qui se présente comme correcteur. L’histoire et le pouvoir sont de leur côté, mais nous disposons d’un autre pouvoir, celui du collectif pour faire changer certaines mentalités.

On ne dit pas « Indien », sauf quand on parle de l’Inde

Bout’Chou 4 ans

Mais alors l’école ne serait pas si inclusive ? J’ai longtemps utilisé ce terme « inclusion », tout en comprenant bien que les mécanismes d’inclusion entraînent par définition des mécanismes d’exclusion et forcément créent des relations inégalitaires. C’était le terme le plus adéquat pour répondre aux injonctions d’intégration et d’assimilation que la société française martèle. J’imaginais que tendre vers plus d’inclusion réduirait d’autant l’exclusion.

Qui a le pouvoir d’inclure qui ?

Dans le féminisme par exemple, qui suis-je en tant que femme cis, avec mes privilèges inhérents à cette identité ou plutôt à cette assignation, pour déclarer y inclure les femmes trans ? Je peux m’éduquer aux enjeux des luttes anti transphobie, relayer la parole des concernées, m’engager en tant qu’alliée. Mais les mouvements féministes ne m’appartiennent pas. Je ne suis personne pour dire qui peut s’en réclamer ou pas. SAUF les hommes cis…

Le collectif PAAF, collectif panasiaféministe antiraciste décolonial, propose de créer de nouveaux réseaux de connexions horizontales et solidaires, de visualiser les relations de domination en termes d’espace géographique, de refuser d’être les satellites des centres de pouvoirs dominants et de reproduire ces schémas asymétriques racistes, patriarcaux, hétéronormés, validistes, grossophobes, transphobes, lgbtqia+phobes, psychophobes, classistes… pour s’organiser de manière constellaire et ainsi briller par toute notre complexité individuelle et nos identités plurielles.

Allez, on s’approprie, on conjugue, on adverbise, on éprouve ce terme constellaire et on change de paradigme !! Ne croyez pas que la langue française est figée. Elle évolue toujours et c’est souvent à nous de la faire évoluer avec notre société, plus vite que des vieux académiciens hommes blancs cis. Merci pour cette proposition que j’attendais depuis longtemps.

2021 sera constellaire. Vous venez dans les étoiles ?

Quelques ressources pour aller plus loin :


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